White lightnin'

Réalisé par Dominic Murphy (2010)

Drame
White lightnin'
Durée 92 minutes
Sortie 17/02/2010
Note 5/10

Depuis l'âge de six ans, Jesco White a cédé au mal qui sommeille en lui. Accro au sniff d'essence et à d'autres drogues, il a passé le plus clair de son adolescence dans les maisons de redressement. Seul son père D. Ray White a tenté de lui ouvrir une voie alternative à la défonce, en lui apprenant quelques uns de ses célèbres pas de danse. Une fois sorti de l'hôpital psychiatrique, Jesco s'accroche d'autant plus fort à cet héritage, que son père a été sauvagement assassiné entre-temps. La rencontre avec la mère de famille Cilla et une tournée à travers les bars de la Virginie Occidentale, changent quelque peu les idées à Jesco. Mais ses démons du passé, accompagnés de la soif de vengeance, ne tardent pas à refaire surface.

La critique

Par Tootpadu 19/01/2010

La contradiction existentielle entre la rage de vivre et l'empressement de mourir du personnage principal rapproche ce film d'un autre fleuron récent du cinéma britannique, l'excellent Bronson de Nicolas Winding Refn. Le cercle vicieux de la violence et d'une soif prononcée pour l'auto-destruction tient le prisonnier de l'un, tout comme le danseur de l'autre, à l'écart d'une éventuelle quête de rédemption. Leur histoire respective n'est pas contée pour servir d'exemple édifiant, préparé à la sauce hollywoodienne, mais au contraire pour montrer un aspect répugnant de l'humanité, dépourvu de la possibilité de racheter les fautes du passé. Jesco White est certes conscient de ses penchants dévastateurs. Mais ses rechutes répétitives fonctionnent comme un glorieux pied de nez aux mythes de la capacité de l'homme de changer en profondeur et du dépassement de soi. Son fanatisme religieux final n'est alors que le revers de la même médaille du refus d'une existence rangée, responsable, et constructive.
Malheureusement, cet extrémisme salutaire du propos est le seul véritable point positif de White lightnin', à la limite avec l'interprétation engagée de Edward Hogg et les retrouvailles improbables avec Carrie Fisher. Car d'un point de vue formel, ce film britannique, dont l'action se déroule exclusivement aux Etats-Unis, est déjà moins convaincant.
Pour sa première réalisation, Dominic Murphy paraît s'être vaguement inspiré de l'oeuvre de Terence Davies et de Jim Jarmusch. Sauf que la poésie filmique de ces figures de proue d'un certain cinéma indépendant américain est rabaissée dans le cas présent à quelques effets de style sans panache. Les passages périodiques à l'écran noir, les séquences naturalistes, et l'emploi récurrent de la voix off rendent la vision du film à la longue sinon pénible, au moins frustrante. Tout ce bagage formel encombrant dévie un éventuel accès direct à l'esprit torturé et tortueux de Jesco. Et il relativise en fin de compte le projet louable de montrer sans fard une Amérique laissée pour compte, loin des paillettes et de la normalité proclamée d'office par Hollywood.

Vu le 18 janvier 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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