Padre nuestro

Réalisé par Christopher Zalla (2010)

Drame
Padre nuestro
Durée 111 minutes
Sortie 06/01/2010
Note 6/10

Pedro part de sa Mexique natale pour rejoindre à New York son père, qu'il n'a jamais connu. Dans le camion qui l'emmène vers la terre promise, il fait la connaissance de Juan, un compagnon de fortune qui s'est embarqué dans cette aventure presque par hasard. A son arrivée à New York, Pedro se réveille rudement puisque Juan lui a subtilisé toutes les affaires qui étaient censées l'identifier auprès de son père. Il ne reste alors plus à Pedro qu'à se débrouiller seul et sans argent dans une ville qu'il ne connaît pas, avec la toxicomane Magda comme unique alliée intéressée. Simultanément, Juan cherche à gagner la confiance du père, qui n'est nullement le propriétaire fortuné d'un restaurant que Pedro lui avait décrit.

La critique

Par Tootpadu 10/12/2009

A en juger par la vague de plus en plus imposante de films qui traitent de près ou de loin de l'immigration, le cinéma engagé a visiblement trouvé son nouveau chouchou social. Pas moins d'une dizaine de films évoquaient ce sujet brûlant l'année dernière, et celle-ci commence dès sa première semaine de sorties à se pencher sur la question de l'exode économique. Aussi redevable cette concentration thématique soit-elle de l'actualité, nous ne tenons là qu'un avant-goût de ce qui nous attend au pire des cas dans les décennies à venir, lorsque le mouvement des désespérés sera motivé non plus par un déséquilibre des biens, mais par des inégalités climatiques qui rendront leur soif de survie infiniment plus pressante. En attendant ce futur apocalyptique pour le luxe relatif auquel nous nous sommes si aisément habitués, le reflet de la misère et de l'illusion du bonheur par l'enrichissement matériel ne quitte plus nos écrans, ni notre conscience.
Le plus frappant dans ce drame sombre, en quelque sorte le détail qui le distingue de la multitude de films semblables vus ces derniers mois, c'est à quel point la mise en scène fait attention aux indices de la construction d'une défense contre les aspects impitoyables de la réalité, et en même temps de l'attendrissement de la carapace bâtie par les personnages en contact avec la précarité depuis leur plus jeune âge. Tandis qu'il faudra toute une série de déceptions à Pedro avant qu'il ne dévie de son caractère exemplaire et trop confiant, la rencontre entre Juan et son substitut de père s'apparente à l'affrontement entre deux vieux loups, qui s'épient et qui se tournent autour sans se fier aux apparences. A son arrivée à New York, Pedro est encore un gamin, qui voit le bien partout alors que tout le monde cherche à l'exploiter d'une manière ou d'une autre, et qui trouve le temps et l'insouciance de jouer au camionneur même dans les moments les plus difficiles. L'expérience de la vie dans les rues d'une métropole inhospitalière corrompra son innocence, au point de le transformer en l'agresseur violent dont il avait failli tomber victime au début.
La trajectoire scénaristique de Juan et de Diego, le père, va dans le sens opposé. Le calcul froid et opportuniste du premier et l'isolation volontaire du deuxième tombent sous l'emprise d'un moment emblématique par personnage, qui montre en toute subtilité qu'ils ont quand même gardé un vestige d'humanité en dessous de leur apparence revêche. Il est en effet probable que tout l'argent que Juan a dérobé en fin de compte à Diego ne lui ait pas apporté autant de réconfort que le bref passage de tendresse paternelle lors de l'apprentissage de couture. Et le faux père n'en croit pas ses yeux, quand le charme de son fils ingrat et encombrant attire l'attention de ses collègues dans un endroit, où il n'aurait jamais mis les pieds seul.
Même si les deux séquences clefs pour comprendre ces personnages et l'ambition morale du réalisateur Christopher Zalla sont bien là, Padre nuestro ne lâche pas prise pour nous garder dans un état d'inconfort permanent. Sa démarche narrative et artistique ne s'inscrit pas du tout dans une complaisance misérabiliste. Il cherche plutôt à susciter un peu de sympathie authentique pour des personnages de voyous en devenir, qui portent les marques d'une intégration foirée dans leur âme et leur corps. Survivre dans un tel contexte de précarité omniprésente relève par conséquent autant de la capacité de s'adapter en toute circonstance, que d'une ironie du sort qui nous fait rire jaune, lorsqu'elle s'abat sur ceux qui végètent toute leur vie à l'extrémité inférieure de l'échelle sociale.

Vu le 10 décembre 2009, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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