Kinatay
Réalisé par Brillante Mendoza (2009)
Drame
| Durée | 109 minutes |
| Sortie | 18/11/2009 |
| Note | 4/10 |
L'étudiant en criminologie Peping vient d'épouser Cecille, la mère de son fils. En parallèle de ses cours pour devenir policier, il surveille pour le compte de la pègre locale le transfert des fonds extorqués aux vendeurs ambulants. Un soir, son complice Abyong oblige Peping de l'accompagner lors d'une mission punitive.
La critique
Par Tootpadu 28/10/2009
Le jury du dernier festival de Cannes, présidé par l'éminente Isabelle Huppert, a clairement privilégié les films au ton lugubre dans son palmarès. Après la sortie des films de Quentin Tarantino, Andrea Arnold, Jacques Audiard, Park Chan-wook et Michael Haneke, voici le lauréat du prix de la mise en scène, au moins aussi discutable que la majorité des autres distinctions. Avec son troisième film sorti en France, le réalisateur philippin Brillante Mendoza poursuit hélas sa dégringolade vers une vanité formelle de la pire espèce. Nous étions déjà habitués à ses intrigues minimalistes et à sa fixation sur les besoins urinaires de ses personnages. Malheureusement, Kinatay va encore plus loin dans la déroute esthétique et l'ennui mortel, faute d'éléments compensateurs.
Nous aimerions tant croire que l'épreuve nocturne de l'élève policier comporte une interrogation morale de ses actes, ou plutôt de sa passivité face au massacre. Mais le cahier des charges de la réalisation empêche toute réflexion sérieuse. A moins de prendre la laideur visuelle du film et la nature agaçante de sa bande son comme les symboles de la cruauté de son intrigue rudimentaire, nous ne trouvons point trace d'un développement dramatique dans l'histoire de Kinatay. Les enjeux de l'action pour Peping deviennent rapidement évidents. Mais son tracas moral - de participer ou pas à la boucherie inévitable, au risque d'y laisser son innocence relative et son intégrité - n'est pratiquement jamais exprimé d'une façon convaincante en termes cinématographiques.
Contrairement à John John, qui avait emprunté le chemin du cycle de la vie en sens inverse, le point culminant du scénario n'a pas soulevé en nous la moindre émotion. La faute à un rythme langoureux sans point de repère clair et à une indifférence totale de notre part à l'égard des personnages, qu'ils soient bien ou mal intentionnés. La forme vaguement chorale du récit, déjà employée avec un succès mitigé dans Serbis, fonctionne encore moins bien ici. Les scènes du début du film sur la vie quotidienne de Peping, faite de tout ce qui a trait au mariage et des cours à l'académie de police, ne suffisent pas pour établir un lien fort avec ce personnage, miné par sa mollesse et ses entourloupes.
Bien que la couleur dominante du film soit le noir de l'obscurité, qui cache autant le crime que les doutes du protagoniste passablement antipathique, Brillante Mendoza reste avant tout dans une zone morale et formelle d'un gris inconfortable. Le fait qu'il ne cherche pas des réponses faciles, voire qu'il ne prend même pas la peine de poser des questions valides, ne nous déconcerte alors pas autant que son enfoncement inconsidéré dans la prétention formelle la plus affectée. Au lieu de sonder à cru le dilemme moral d'un policier aspirant, qui se trouve propulsé presque malgré lui de l'autre côté de la loi, Kinatay se déchaîne sur nous, pauvres spectateurs, avec sa bande son artificiellement bruyante et sa narration dépourvue d'une perspective au moins réaliste.
Nous aimerions tant croire que l'épreuve nocturne de l'élève policier comporte une interrogation morale de ses actes, ou plutôt de sa passivité face au massacre. Mais le cahier des charges de la réalisation empêche toute réflexion sérieuse. A moins de prendre la laideur visuelle du film et la nature agaçante de sa bande son comme les symboles de la cruauté de son intrigue rudimentaire, nous ne trouvons point trace d'un développement dramatique dans l'histoire de Kinatay. Les enjeux de l'action pour Peping deviennent rapidement évidents. Mais son tracas moral - de participer ou pas à la boucherie inévitable, au risque d'y laisser son innocence relative et son intégrité - n'est pratiquement jamais exprimé d'une façon convaincante en termes cinématographiques.
Contrairement à John John, qui avait emprunté le chemin du cycle de la vie en sens inverse, le point culminant du scénario n'a pas soulevé en nous la moindre émotion. La faute à un rythme langoureux sans point de repère clair et à une indifférence totale de notre part à l'égard des personnages, qu'ils soient bien ou mal intentionnés. La forme vaguement chorale du récit, déjà employée avec un succès mitigé dans Serbis, fonctionne encore moins bien ici. Les scènes du début du film sur la vie quotidienne de Peping, faite de tout ce qui a trait au mariage et des cours à l'académie de police, ne suffisent pas pour établir un lien fort avec ce personnage, miné par sa mollesse et ses entourloupes.
Bien que la couleur dominante du film soit le noir de l'obscurité, qui cache autant le crime que les doutes du protagoniste passablement antipathique, Brillante Mendoza reste avant tout dans une zone morale et formelle d'un gris inconfortable. Le fait qu'il ne cherche pas des réponses faciles, voire qu'il ne prend même pas la peine de poser des questions valides, ne nous déconcerte alors pas autant que son enfoncement inconsidéré dans la prétention formelle la plus affectée. Au lieu de sonder à cru le dilemme moral d'un policier aspirant, qui se trouve propulsé presque malgré lui de l'autre côté de la loi, Kinatay se déchaîne sur nous, pauvres spectateurs, avec sa bande son artificiellement bruyante et sa narration dépourvue d'une perspective au moins réaliste.
Vu le 28 octobre 2009, au Club Marbeuf, en VO
★★★★☆☆☆☆☆☆
4/10