Religieuse portugaise (La)

Réalisé par Eugène Green (2009)

Drame
Religieuse portugaise (La)
Durée 122 minutes
Sortie 11/11/2009
Note 6/10

L'actrice française Julie De Hauranne se rend pour la première fois à Lisbonne, au pays d'origine de sa mère, afin d'y jouer le rôle titre dans le film La Religieuse portugaise. Puisque toute la bande son a déjà été enregistrée auparavant et que son emploi du temps est peu chargé, Julie découvre la ville et ses habitants. Elle fait ainsi la rencontre d'un aristocrate mélancolique, d'un garçon sans parents, d'un comédien en quête de passion, et d'une religieuse qui prie toutes les nuits dans la chapelle, où la scène clef du film sera tournée.

La critique

Par Tootpadu 21/10/2009

Le dépaysement au Portugal n'a guère dénaturé le style si particulier du réalisateur Eugène Green. Au lieu de suivre bêtement les traces que l'empreinte cinématographique de l'immense Manoel De Oliveira a laissé dans Lisbonne, Green adapte le cadre chaleureux et lumineux à son vocabulaire filmique, imprégné d'une étrange poésie. Les lieux déserts, le soleil omniprésent ou la fraîcheur de la nuit, ainsi que la quiétude ambiante de la ville, n'exercent alors qu'un impact limité sur le ton philosophique de ce film beau et exigeant.
La Religieuse portugaise appartient à ces films de plus en plus rares qui cherchent l'épuré dans l'artifice. Conscient de son ambition intellectuelle, dont des personnages secondaires ont le droit de se moquer librement par le biais d'une mise en abîme du film dans le film, le scénario privilégie clairement la beauté verbale au réalisme social. Les répliques lourdes de sens traduisent en premier lieu l'état d'esprit en voie d'élévation de l'actrice vagabonde et seulement ensuite, d'une façon presque anecdotique, un impératif dramatique. L'action rudimentaire et paisible du film dirige Julie avant tout vers la finalité inespérée de sa visite, dont le caractère pragmatique tranche sensiblement avec le ton éthéré de l'ensemble.
Outre l'utilisation du dispositif formel du plan frontal, qui interpelle invariablement le spectateur, Eugène Green a une fois de plus fait appel à des acteurs au physique fascinant pour donner chair à son récit vaguement abstrait. En plus du retour très appréciable du trop rare Adrien Michaux, ce sont surtout les yeux au pouvoir magnétique de Leonor Baldaque qui nous ont ensorcelés.

Vu le 20 octobre 2009, au Balzac, Salle 2, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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