Shooting Dogs
Réalisé par Michael Caton-Jones (2006)
| Durée | 115 minutes |
| Sortie | 08/03/2006 |
| Note | 7/10 |
En 1994, les casques bleus belges sont stationnés dans l'Ecole Technique Officielle de Kigali pour surveiller le maintien du traité de paix entre les Hutus et les Tutsis rwandais. Lorsque l'avion du président est abattu, les Hutus démarrent un génocide minutieusement préparé pour exterminer tous les Tutsis. A l'école, le vieux prêtre Christopher et le jeune enseignant Joe Connor accueillent autant de réfugiés qu'ils peuvent. Alors que le massacre se déchaîne à l'extérieur du périmètre dressé par les soldats de l'ONU, les Tutsis et les Européens dans l'école doivent se rendre à l'évidence cruelle qu'il n'y aura pas de solution pacifique à cette barbarie sanglante.
La critique
Par Tootpadu 20/03/2006
Shooting Dogs résiste en fait vaillamment à la tentation du conte inspirant, pour jeter davantage un coup d'oeil résigné sur ce dérèglement catastrophique des rapports humains, il y a seulement douze ans. Le désespoir s'installe progressivement dans la conscience des persécutés et des observateurs, tel un étau ou un compte à rebours qu'il est impossible d'arrêter. Face à la fin définitive du cul-de-sac qui arrive rapidement, au bout de quelques jours, les tentatives de fuite sont aussi tragiques (l'échappée) que déchirantes (la dernière eucharistie). Les quelques mesures d'organisation du chaos n'auront servi à rien pour empêcher la machine tueuse d'avancer implacablement. Ce qui n'enlève rien à l'humanité de cette prise de conscience de l'impuissance, notamment de la part des soldats de l'ONU. Car s'il y a bien des coupables, autres que la foule de Hutus déchaînée, ce sont ceux qui ont laissé faire ou qui ont entrepris une danse diplomatique embarrassante pour ne pas reconnaître le drame qui se passait pendant des mois au Rwanda.
Techniquement parlant, cette troisième collaboration entre l'acteur John Hurt et le réalisateur Michael Caton-Jones ne dessert en rien le fort potentiel émotionnel de l'histoire. D'une grande sobriété, le film évoque plus la cruauté des massacres qu'il ne la montre et il garde de même toujours une lucidité désenchantée dans les moments les plus aptes au chantage émotionnel des spectateurs. Enfin, John Hurt livre une prestation tout à fait remarquable qui respire pleinement l'humanité avec tous ses défauts et toutes ses qualités.
Le génocide du Rwanda ne cessera probablement jamais de nous interpeller. Survenu au plein milieu d'une décennie qui se voulait progressiste et pacifiste à tout prix, il a démontré avec une force accablante les limites de la nature humaine. Nous empêcher d'oublier les atrocités d'un passé très récent, assez peu ancien pour nous interroger personnellement sur ce que nous avons fait afin de rendre compte au moins de cette tragédie de l'humanité, c'est aussi le rôle du cinéma. Un rôle qu'il remplit bien, quoiqu'un peu tard, à travers ces désormais trois films excellents.
Vu le 20 mars 2006, à l'UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 20, en VO