
| Titre original: | Hôtel Rwanda |
| Réalisateur: | Terry George |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 122 minutes |
| Date: | 30 mars 2005 |
| Note: | |
L'histoire vraie, pendant le génocide rwandais, de Paul Rusesabagina, un hôtelier responsable du sauvetage de milliers de Rwandais.
Critique de Tootpadu
Préparez vos mouchoirs lorsque vous allez voir ce drame humanitaire au poing émotionnel sans merci. Il vous sera probablement impossible de retenir vos larmes à plusieurs reprises lors des péripéties atroces, et encore assez inoffensives en comparaison avec le génocide réel, qui rythment le film.
Dix ans après les événements d'une horreur indescriptible, qui ont pourtant laissé le monde entier quasiment indifférent, voici le premier film de fiction qui tente de s'approprier une facette de la tragédie. Sorti à peine quelques mois après l'excellent documentaire de Denis Gheerbrant (Après - Un voyage dans le Rwanda), l'approche de cette co-production entre l'Europe et l'Afrique est évidemment plus tourné vers l'impact émotionnel, vers une dramaturgie de fiction qui se concentre sur les exploits d'un héro. D'un point de vue technique ou structurel, il n'y a en effet rien de spectaculaire à signaler, tellement l'histoire suit des règles établies par des films aussi différents que Le Cri de la liberté, La Liste de Schindler ou, pour l'aspect africain, La Légion saute sur Kolwezi.
Néanmoins, c'est le point de vue qui intrigue ici, l'implication dans un cauchemar non plus comme simple spectateur, comme occupant colonial bienveillant et justement horrifié, mais qui ne serait pas directement concerné par le massacre. Ce transfert de priorités devient d'ailleurs particulièrement clair dans une des séquences les plus insoutenables, qui renvoie avec force aux atrocités de la sélection raciale. Dans ce sens, le parcours du protagoniste, qui se transforme d'assistant servile des blancs, préoccupé avant tout à maintenir le standard de son hôtel luxueux, en réfugié désabusé qui tente par tous les moyens de sauver les siens, est emblématique et constitue une prise de conscience, certes très tardive et timide, de l'identité africaine. Sous les traits de Don Cheadle, pour une fois investi de porter, avec bravoure, tout un film sur ses épaules, cet homme devient le symbole d'une partie des Africains, qui croyaient que le monde leur appartenait à travers quelques pots-de-vin.
On ne peut sortir que lessivé de ce film, tellement il nous impose l'étendue émotionnelle des faits qu'il conte. Parfois, ce joug de la tristesse devient trop lourd à porter, et parfois on se demande aussi si cette création de l'horreur à partir de la suggestion n'est pas une facilité un brin mensongère pour éviter de montrer les massacres. Dans la lignée des films d'Attenborough et Spielberg précités, il s'agit ici en fait de privilégier l'espoir à l'impuissance et l'inconcevabilité face au phénomène du génocide. Ce détournement mesuré pour les besoins du cinéma commercial n'enlève cependant rien à l'impact du film, à sa façon assez sobre et conventionnelle, mais très efficace, d'évoquer quelques pistes d'un événement qui n'a malheureusement pas fait date.
Vu le 1er avril 2005, à l'UGC Ciné Cité Bercy, Salle 20, en VO
Revu le 24 juillet 2008, en DVD, en VO
Revu le 30 juin 2011, en DVD, en VO
Note de Tootpadu: