Pluie du diable

Réalisé par Philippe Cosson (2009)

Documentaire
Pluie du diable
Durée 86 minutes
Sortie 18/11/2009
Note 6/10

Pendant la guerre du Vietnam, des milliers d'attaques aériennes ont été menées par l'armée américaine sur le territoire du Laos, à travers lequel les provisions de l'ennemi ont été acheminées grâce à la piste de Hô Chi Minh. Alors que les dégâts et les pertes en vies humaines parmi la population civile ont été terribles pendant le conflit, le pays souffre jusqu'à ce jour de la menace réelle de millions de munitions et de bombes intactes de cette époque, qui sommeillent dans les champs et les forêts, dans l'attente d'être déminées ou bien ramassées par un enfant.

La critique

Par Tootpadu 08/10/2009

Le problème des mines anti personnelle et autres bombes à sous-munitions, c'est qu'elles ne fournissent pas une matière facile à exploiter dans les médias. Leur utilisation et les ravages qu'elles provoquent à long terme devraient soulever un tollé international. Mais, tout à fait digne de leur utilisation fourbe et cynique, ces armes abjectes passent le plus souvent sous le radar de la presse, qui préfère se gaver d'événements plus rapidement présentables, comme des tremblements de terre ou des attentats. Rien de mal bien entendu à cette mobilisation par petites tranches de la compassion humaine. Mais elle laisse dans l'ombre des fléaux tout aussi sérieux de l'humanité, dont les effets et les solutions à long terme ne se laissent pas résumer en cinq minutes d'un reportage à finalité sensationnelle. De surcroît, les victimes des stratégies de guerre des puissants de ce monde sont des individus anonymes, qui n'ont même pas eu l'honneur d'une commémoration sommaire, tel le mur du souvenir de la guerre du Vietnam à Washington. Pas assez de cette humiliation, qui montre une fois de plus à quel point notre perception du monde est biaisée au détriment de ceux et celles qui ne nous ressemblent pas, les vestiges de la guerre du Vietnam tuent à petit feu, ce qui exclue d'emblée toute couverture médiatique, par essence allergique aux enquêtes de longue haleine.
Le producteur Philippe Cosson, devenu réalisateur pour l'occasion, a néanmoins entrepris la vaste tâche de nous rappeler cette tragédie humaine sans fin. Son approche d'un sujet aux bifurcations et aux implications multiples s'avère dans un tel contexte de mutisme de la part des responsables et d'impuissance des victimes particulièrement concluante. Il procède d'une manière aussi simple qu'efficace dans le cadre d'un documentaire : il laisse le sujet et ses conséquences horribles parler pour eux-mêmes. Il suffit en effet de prendre réellement la mesure des chiffres qui sont énoncés pendant Pluie du diable, quant au nombre d'opérations menées sur le territoire laotien ou à celui d'engins explosifs par habitant toujours enfouis dans la terre par exemple, pour se douter de l'ampleur de l'horreur. Puisqu'un chiffre abstrait n'appelle pas forcément une réaction émotionnelle, Philippe Cosson l'illustre en allant vers les personnes qui sont confrontées de près ou de loin à ce problème durable.
Et là encore, au lieu d'être platement sentimental, le regard du réalisateur cherche à donner un aperçu global de la situation. Il alterne ainsi entre les points de vue des différentes personnes impliquées, sans jamais s'éloigner du coeur de son sujet : que le Laos ne pourra se libérer du poids de cette menace constante avant des décennies et que les Etats-Unis n'ont apparemment pas retenu de leçon humaine de ce fiasco militaire. Ainsi, tout le monde a le droit de s'exprimer, des paysans laotiens aux vétérans de la guerre du Vietnam, en passant par des experts en déminage, des responsables du gouvernement laotien et les bureaux de communication des fabriquants d'armes, qui ont sans surprise préféré décliner l'offre de participer à ce documentaire sobre, mais déterminé. Bien qu'il n'y ait pas grand-chose de positif à tirer d'une situation aussi catastrophique que celle du Laos, la poubelle des crimes de guerre des Américains, les habitants ont en quelque sorte su s'accommoder de leur existence précaire. Les débris des bombes sont ainsi recyclés d'une façon ou d'une autre, même si cette récupération artisanale ne relativise en rien la dangerosité de cette bombe à retardement, au propre comme au figuré.

Vu le 6 octobre 2009, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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