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Réalisé par Pablo Larrain (2013)
| Durée | 117 minutes |
| Sortie | 06/03/2013 |
| Note | 5/10 |
En 1988, après quinze ans de dictature militaire, le général Pinochet accepte de tenir un référendum au cours duquel le peuple chilien pourra décider de la prolongation de son mandat. Ce plébiscite dont l’issue est a priori fixée d’avance est censé conférer de la légitimité au régime aux yeux de la communauté internationale. Pendant la durée de la campagne, les partisans du oui et du non disposent respectivement de quinze minutes d’expression libre par soir sur les chaînes de la télévision officielle. Même s’il ne croit pas en ses chances de renverser le despote vieillissant, l’activiste communiste Urrutia fait appel au jeune créateur de publicités René Saavedra, en vue d’orchestrer la campagne du non.
La critique
Par Tootpadu 16/07/2013
S’il fallait encore prouver que la démocratie et le militaire ne font jamais bon ménage, il aurait suffi de contempler, avant les événements récents en Egypte, le chapitre édifiant de l’Histoire chilienne à la fin des années 1980, d’ailleurs une période très propice aux renversements de vieilles structures encroûtées. Se croyant à l’abri de la moindre contestation populaire, grâce à son succès du côté économique, le général Pinochet avait jugé bon de tester sa popularité et de redorer son blason en termes internationaux, avec le résultat que l’on connaît. Il avait par la suite subi le sort peu enviable des dictateurs rejetés par ceux et celles qui voulaient du progrès, au risque de perdre en stabilité. Rien d’exceptionnel à tout cela, puisque pareils bouleversements historiques s’opèrent de façon cyclique un peu partout : à cette époque-là au Chili et derrière le rideau de fer, et un quart de siècle plus tard lors du printemps arabe sur lequel l’Histoire est loin d’avoir dit son dernier mot. L’aspect ironique de cette affaire-ci est qu’elle s’est déroulée dans un moment de faiblesse, voire de doute de soi, du régime et qu’elle a su démonter ce dernier d’une façon non violente.
Nommé à l’Oscar du Meilleur Film étranger, le quatrième film du réalisateur Pablo Larrain tient compte de cette parenthèse de contestation d’une façon inégale. Alors qu’il étudie avec une perspicacité appréciable les rouages de la propagande sous toutes ses formes – puisque la publicité n’est après tout rien d’autre qu’une version larvée, à vocation commerciale, du lavage de cerveau que les puissants se complaisent à imposer aux masses d’individus sans volonté propre –, le cadre formel dans lequel il enveloppe ce constat médiatique nous a laissés davantage dubitatifs. A commencer par le choix du cadre pratiquement carré et de couleurs artificielles, en référence aux images peu nettes de la télévision à cette époque révolue, qui n’a plus rien à voir avec notre ère de la haute définition en toute circonstance. Nous supposons que cette esthétique artisanale était censée rappeler l’esprit des années ’80, une décennie réputée pour son culte de l’abstraction futuriste. Hélas, elle contribue avant tout à rendre No plutôt laid, dans les limites des moyens d’expression cinématographique d’un réalisateur, qui ne nous a jamais subjugués par son don de compositions visuelles saisissantes.
De même, l’interprétation aux tons livides de Gael Garcia Bernal ne fait pas grand-chose pour nous intéresser aux éléments annexes d’une intrigue, qui n’atteint à aucun moment l’intensité fiévreuse à laquelle on s’attendrait de la part d’un récit historique à la conclusion si potentiellement jubilatoire. Il s’agit donc presque d’une occasion ratée d’évoquer un coup d’état involontaire. Celui-ci était peut-être le premier chapitre d’un nouveau rapport à la politique et à ceux qui nous gouvernent, plus que jamais tributaires de la perception que les médias renvoient d’eux.
Vu le 16 juillet 2013, au Latina, Salle 1, en VO