Diaz Un crime d'état

Réalisé par Daniele Vicari (2013)

Drame historique
Diaz Un crime d'état
Durée 120 minutes
Sortie 05/06/2013
Note 6/10

Fin juillet 2001, le sommet du G8 se tient à Gênes, au Nord de l’Italie. Alors que les chefs de gouvernement des huit plus grandes puissances du monde se consultent sur les questions les plus pressantes de l’actualité, les contre-manifestations en marge de l’événement dégénèrent dès le premier jour. Après la mort d’un jeune manifestant abattu par la police, la petite ville portuaire ne retrouve son calme qu’au départ des groupes contestataires, au bout de trois jours. C’est alors que les forces de police décident de frapper une dernière fois le centre supposé des cellules anarchistes, l’école Diaz. Leur descente musclée en pleine nuit, d’une violence inouïe alors que les occupants innocents du dortoir n’opposent aucune résistance, suivie de conditions de détention dégradantes, concluent un sommet à la réputation désastreuse.

La critique

Par Tootpadu 17/04/2013

Le cinéma italien va bien, très bien même. Nous ne nous souvenons plus de la dernière fois qu’un film italien aurait déplacé des foules de spectateurs français, certes, mais ce que la cinématographie transalpine perd en attrait populaire, elle le gagne haut la main en diversité, grâce à l’engagement continu de distributeurs comme Bellissima Films ou, en l’occurrence pour ce film-ci, Le Pacte. Ce n’est hélas pas en France qu’on verrait un film s’attaquer de front aux dérives de notre société, guère moins cadenassée et en proie aux abus de force que celle de nos voisins. Curieusement, Diaz Un crime d’état prend pourtant un des films phares de la contestation politique comme exemple, Z de Costa-Gavras, une production française après tout, même s’il dépeint la situation en Grèce à l’heure de la dictature militaire.
A l’image de ce chef-d’œuvre du cinéma militant, le quatrième film du réalisateur Daniele Vicari prend un moment décisif comme repère autour duquel le récit s’agence. Même au ralenti et en marche arrière, la chute fracassante d’une bouteille ne sera jamais aussi noble et tragique que celle de Yves Montand. Or, cet instant de basculement à première vue anodin est révélateur de l’engrenage absurde qui aura mené à une atteinte plus que sérieuse aux droits démocratiques. La considérer comme la plus grave dans un pays occidental depuis soixante-dix ans, comme le fait la citation de Amnesty International sur l’affiche, nous paraît disproportionné. Toutefois, rien que pour sa volonté d’élucider ce chapitre sombre de l’Histoire très récente, ce film mérite notre admiration.
En dépit d’une courbe émotionnelle plutôt conventionnelle, qui nous fait penser aux contes manipulateurs signés Richard Attenborough dans les années 1980, où l’indignation culminait dans le massacre d’une population sans défense, la narration ne vise guère un discours tendancieux. Elle cherche au contraire à montrer que les manifestations pacifiques qui accompagnaient le sommet du G8 de Gênes étaient le reflet vivant, voire lumineux, de cette bavure policière aux conséquences néfastes. Hélas, au lieu d’éveiller la conscience humaine d’une Europe dont la construction est loin d’être finie, elle est la preuve déprimante d’un déséquilibre des forces, en termes de violence brute, bien sûr, mais aussi du côté d’une prise de responsabilité juridique.
Indignés et bousculés dans notre petit confort par ce film efficace, nous serions tentés de nous rallier au cri de guerre contre l’oppression policière de ACAB All cops are bastards de Stefano Sollima. Sauf qu’il ne sert à rien de s’énerver contre la force publique, tant que les autres pouvoirs de notre système post-démocratique sont aussi sclérosés par un amalgame politico-économique préjudiciable à la moindre manifestation d’une justice impartiale.

Vu le 11 avril 2013, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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