Bastardos (Los)

Réalisé par Amat Escalante (2009)

Drame
Bastardos (Los)
Durée 90 minutes
Sortie 28/01/2009
Note 6/10

Depuis des mois, Jesus et Fausto, deux immigrés clandestins venus du Mexique, se rendent tous les jours à un terminal de bus de Los Angeles pour chercher du travail. Les postes proposés relèvent le plus souvent de la manutention, mal payée et physiquement épuisante. Mais ce jour-là, à l'aube, Jesus et Fausto ont reçu une proposition largement plus lucrative, qui implique en revanche une action plus compromettante.

La critique

Par Tootpadu 02/12/2008

Le premier long plan de ce film mexicain, présenté au dernier festival de Cannes dans la section Un certain regard, pourrait sortir directement de Paranoid Park de Gus Van Sant ou d'un film de Larry Clark. Pendant un moment qui paraît interminable, les deux protagonistes avancent lentement vers la caméra fixe, placée au milieu d'un canal artificiel vide au lever du jour. Dès les premières minutes de Los Bastardos, le spectateur se trouve dans une position expectative, qui sera déçue aussi souvent qu'elle ne se solde par une surprise violente, au fil du temps.
En effet, le deuxième film d'Amat Escalante, après Sangre, se rapproche rapidement de l'univers esthétiquement dépouillé et moralement douteux d'un Bruno Dumont, par ailleurs remercié dans le générique de fin, ou d'un Michael Haneke. La partie dramatique principale du film ressemble de près à la dernière oeuvre du maître autrichien de la perversité, Funny Games U.S.. Sauf que la prise d'otage dans le cas présent succède à une journée de déambulations proche du ton de Elephant et que le point de vue est celui de l'agresseur et non pas celui de la victime, plus propice à l'identification du spectateur.
Sinon, Los Bastardos se conforme sans trop de résistance au climat nihiliste et désespérant, qui s'est emparé depuis un certain temps déjà des films porteurs d'une mise en question de la vacuité de notre civilisation. La perversion sourde est au centre du film. Elle s'avère d'autant plus inquiétante que ses agents s'y adonnent sans conviction, ni plaisir. Tandis que la tâche abjecte à effectuer ne plane qu'en tant que menace vague sur la journée de travail ordinaire, pratiquement à l'insu des personnages secondaires et des spectateurs, elle devient beaucoup plus insupportable dès la tombée de la nuit.
Amat Escalante joue alors autant avec nos nerfs qu'avec ceux de la victime. Il nous permet quelques échappatoires illusoires, relevant du seul plaisir à la portée des pauvres, à savoir le sexe et la drogue, avant de replonger dans l'horreur la plus traumatisante, car présentée de façon complètement banale. Les effets spéciaux impressionnants ne déguisent alors guère le constat final, empreint du désespoir et de la déchéance morale et sociale qui accablent, depuis toujours, la population pauvre et exploitée sans états d'âme.

Vu le 2 décembre 2008, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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