Etudiant (L')

Réalisé par Darejan Omirbaev (2014)

Drame
Etudiant (L')
Durée 93 minutes
Sortie 05/03/2014
Note 5/10

A cause d’un scandale, le tournage sur lequel un étudiant en philosophie travaillait pendant l’été en tant qu’assistant pour gagner un peu d’argent a dû être interrompu. Se retrouvant sans le sou, le jeune homme se procure un pistolet et finit par braquer une épicerie. La culpabilité provoquée par ce crime ne le lâche plus. Il n’ose se confesser qu’auprès de la fille sourde d’un vieux poète kazakh, qu’il a rencontré dans un bar.

La critique

Par Tootpadu 05/02/2014

Les écrits de Dostoïevski ont bon dos pour être adaptés dans les contextes les plus improbables. Cette relecture-ci de « Crime et châtiment » a au moins le mérite de respecter la langue d’origine du roman, comme pour mieux signifier que ce n’est pas seulement la mentalité russe qui a colonisé le Kazakhstan. Le transfert dans le temps souligne accessoirement à quel point ce conte et son constat sur la nature humaine sont universels. Les grandes injustices sociales persistent en effet, puisque ce sont désormais les nouveaux riches et leurs carrosses importés de l’étranger qui créent un sentiment d’impuissance chez la population pauvre.

Le problème de L’Etudiant, c’est que la façon que le réalisateur Darejan Omirbaev a choisie pour aborder cette vieille histoire sur les remords et les pulsions barbares qui les précèdent manque sensiblement de vigueur. Le jeu léthargique de Nurlan Baitasov, un étudiant apparemment choisi pour ce rôle parce qu’il s’intéresse aux cultures autres que la sienne, est ainsi emblématique du ton du film. Son personnage se traîne sans volonté d’une séquence à l’autre, ne laissant apparaître aucune émotion sur son visage impassible. Nous sommes bien sûr conscients que toute l’interrogation existentielle du roman se déroule à l’intérieur de l’assassin de circonstance. Mais laisser du coup à quelques reportages sur le règne animal et des raisonnements abstraits issus de cours universitaires le soin d’expliciter la portée philosophique du récit ne nous paraît pas une démarche très probante en termes cinématographiques.

Dans le dossier de presse, le réalisateur se réclame haut et fort de l’influence de Robert Bresson. Or, l’imitation du style austère de son confrère français ne réussit guère à Darejan Omirbaev, dont le sixième film lorgne plus vers l’amateurisme qu’en direction d’une tragédie poignante sur la petite révolte d’un laissé-pour-compte. Celui-ci ne trouve pas plus sa place dans un système qui promeut l’illusion d’une richesse superficielle – la version kazakh de la mentalité bling-bling en quelque sorte – que dans un film dépourvu d’un fort fil conducteur.

 

Vu le 4 février 2014, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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