Moustache (La)

Réalisé par Emmanuel Carrère (2005)

Drame
Moustache (La)
Durée 86 minutes
Sortie 06/07/2005
Note 6/10

"Qu'est-ce que tu dirais si je me rasais la moustache ? demande Marc à Agnès. Je ne sais pas. Je t'aime avec mais je t'ai jamais connu sans." Elle sort un moment faire des courses, le laissant devant le miroir de la salle de bain. Et il le fait. Comme ça : par jeu, pour voir la tête qu'elle fera, pour changer un petit quelque chose dans leur vie heureuse et sans histoire. Elle rentre et ne fait aucune remarque. Le plus drôle, c'est qu'elle a vraiment l'air de ne rien remarquer. Les autres non plus. Amis, collègues de travail le lendemain, personne ne remarque rien. Marc se retrouve donc seul contre tous, seul convaincu que jusqu'à la veille il portait une moustache, seul à la voir sur ses photos. Etre seul contre tous à croire, à voir, à se rappeler quelque chose, ça s'appelle être fou. Alors quoi ? une farce collective ? un complot ?
(Source Allociné)

La critique

Par Tootpadu 29/07/2005

Il suffit parfois d'un petit rien pour que tout se dérègle. En adaptant son roman homonyme, Emmanuel Carrère entreprend le voyage délicat entre la banalité et l'excès de la folie. D'une cause insignifiante se déchaîne un torrent de doutes, de suspicions et d'accusations. Sans prendre parti, le réalisateur enregistre alors l'incertitude mentale de son personnage principal. Dans le processus, il évite habilement les réponses faciles et il crée, avec une grande subtilité, un climat de l'étrange, voire de l'inquiétude. Là où ses confrères américains aurait fait de cette perte de repères abyssale un film d'horreur à coup d'effets clinquants, Carrère se contente avec succès de laisser planer le doute. Quelques notes de musique, quelques regards hagards sont alors tout ce qu'il lui faut pour maintenir un ton qui met autant mal à l'aise qu'il intrigue.
Pour le rôle du personnage (pas) rasé, le choix de Vincent Lindon était des plus judicieux. Dépourvu des béquilles du jeux d'acteur que sont la voix off et les relations conventionnelles, Lindon donne un côté très attachant à cet homme qui ne sait plus où il en est, au point de faire à répétition l'aller-retour d'un endroit à l'autre. Avec Emmanuelle Devos, il forme un couple duquel émanent et la confiance, et le doute.
Un film probablement pas à mettre devant tout le monde, mais qui présente une approche intéressante à partir de quelques poiles coupées.

Vu le 28 juillet 2005, à l'UGC Ciné Cité Bercy, Salle 14

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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