Souvenir
Réalisé par Im Kwon-taek (2008)
| Durée | 108 minutes |
| Sortie | 23/07/2008 |
| Note | 6/10 |
Au début des années 1950, Yoo-bong, un chanteur traditionnel coréen, a recueilli deux orphelins. Alors qu'il enseigne au garçon Dong-ho le tambour traditionnel, sa véritable ambition porte sur la fille Song-hwa, dont il rêve de faire un jour une chanteuse de pansori parfaite, qui sera acclamée comme lui, il ne l'a jamais été. Las de la vie d'artiste misérable que Yoo-bong l'oblige à mener, Dong-ho s'en va, une fois adulte, pour faire son service militaire. Mais à la fin de celui-ci, il doit apprendre que Song-hwa, dont il est secrètement amoureux, a perdu la vue, probablement par la faute du vieux chanteur. Dong-ho ne cesse alors de rechercher sa soeur, afin de lui offrir une vie meilleure.
La critique
Par Tootpadu 04/06/2008
Im Kwon-taek peut être considéré en quelque sorte comme le gardien d'un cinéma typiquement coréen, qui fait la sourde oreille aux courants esthétiques plus modernes, personnifiés par exemple par le touche-à-tout Kim Ki-duk, pour rester fidèle à une tradition plus ancienne. Son film le plus récent n'est ainsi pas tant une oeuvre de vieillesse, que la continuation logique des thèmes et des formes que nous avons pu déceler dans les rares films, qui nous sont parvenus. La sobriété formelle y épouse avec une douceur mélancolique les préoccupations mélodramatiques des personnages, le tout sur fond d'une pratique approfondie du chant ancestral de la Corée du Sud.
On souffre beaucoup dans Souvenir, ne serait-ce qu'à cause de l'incapacité des personnages d'obtenir ou de retenir ce qu'ils désirent tant. Même les quelques moments de retrouvailles et de bonheur partagé ne durent pas, parce que les obligations d'une vie subie et non choisie éloignent périodiquement le frère et la soeur chastement amoureux. Le regret des occasions manquées côtoie ainsi subtilement le souvenir amer, déclenché par le retour à l'auberge où tout avait commencé. La narration très maîtrisée d'Im Kwon-taek ne tombe pas dans l'excès mélodramatique, lorsque le malheur s'acharne contre l'idylle projetée. Elle excelle davantage dans la sobriété formelle et la beauté plastique, qui rendent le cinéma coréen traditionnel aussi dépaysant.
Vu le 4 juin 2008, au Club Marbeuf, en VO