Mère et fils

Mère et fils
Titre original:Mère et fils
Réalisateur:Calin Peter Netzer
Sortie:Cinéma
Durée:112 minutes
Date:15 janvier 2014
Note:

Cornelia, une femme sexagénaire qui mène une vie privilégiée à Bucarest, porte un intérêt démesuré sur son fils unique Barbu. Ce dernier lui rend très mal son affection étouffante, puisqu’il ne daigne même pas assister à sa fête d’anniversaire. Quand Cornelia apprend que son fils a eu un accident, un monde s’écroule pour elle. Or, Barbu est sain et sauf. Il est détenu dans un commissariat en province, après avoir fauché un adolescent qui a succombé à ses blessures. Dès lors, sa mère fera tout pour alléger sa peine, dans l’espoir que cet incident la réconciliera avec son fils.

Critique de Tootpadu

Le cinéma roumain continue d’explorer avec succès le filon du drame social minimaliste. Après la Palme d’or pour un casse-tête autour d’un avortement, voici l’Ours d’or pour une tragédie familiale sur fond d’un accident de la route. Ce dernier sert certes à exacerber la relation conflictuelle entre une mère poule et son fils indigne, mais ses détails jouent finalement un rôle très mineur dans le schéma narratif du troisième film du réalisateur Calin Peter Netzer. Il n’y est nullement question de culpabilité ou d’innocence au sens légal, puisque les éléments de l’enquête, personnelle ou officielle, qui sont révélés au fur et à mesure, renforcent encore le caractère inexcusable de la faute du conducteur. Les enjeux de Mère et fils se trouvent ailleurs : dans une guerre des nerfs éprouvante, qui se solde par une mise à nue finale des sentiments. Celle-ci ressemble plus à la mise à mort salutaire de rapports malsains, qu’au point de départ, après la crevaison de l’abcès, d’une interaction familiale moins tempétueuse.

Cette issue se profile dès les premières minutes du film. La belle-sœur de Cornelia a beau lui faire comprendre qu’elle est en train de perdre son fils à force de le choyer, ces conseils restent sans écho dans l’entêtement d’une mère monstrueuse, qui a pourtant su garder une certaine humanité. Les reproches incessants qu’elle fait à l’égard de Barbu et dont le point d’orgue est cet aveu universel que c’est à travers leurs enfants que les parents cultivent l’espoir de réussir les choses qu’ils ont eux-mêmes ratées, ils ne sont que la partie visible de l’iceberg d’une psychologie tourmentée, assez lucide pour voir le crépuscule de la vie s’approcher et pourtant trop narcissique pour lâcher prise et laisser sa progéniture voler de ses propres ailes. Quant à la partie invisible, elle se manifeste par le biais de l’interprétation magistrale de Luminita Gheroghiu, un véritable tour de force sans complaisance, ni filet de secours émotionnel.

C’est surtout grâce à son jeu intense que le film fonctionne. Car d’un point de vue formel, nous émettons de sérieuses réserves face à ce faux réalisme visuel, qui tente toujours d’évoquer l’immédiateté de l’improvisation à travers des plans pris sur le vif, mais qui risque de nous donner la nausée suite aux mouvements ininterrompus de la caméra. Le fond humain du film est d’une justesse poignante. Il est alors plutôt dommage que cette véracité des rapports entre les personnages soit soumise à une nervosité esthétique sans répit.

 

Vu le 7 janvier 2014, au Club de l'Etoile, en VO

Note de Tootpadu: