
| Titre original: | Un año sin amor |
| Réalisateur: | Anahi Berneri |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 94 minutes |
| Date: | 19 avril 2006 |
| Note: | |
En 1996, le jeune écrivain argentin Pablo est confronté aux premiers symptômes du SIDA. Réticent à commencer une thérapie avec des médicaments encore peu éprouvés, il tient un journal pour y marquer ses états d'âme dans cette période incertaine de sa vie. En même temps, il fréquente des cercles SM du milieu gai de Buenos Aires, où il rencontre Martin, le nouvel homme de ses rêves.
Critique de Tootpadu
Le SIDA a disparu depuis longtemps de l'attention de l'actualité générale pour n'être ressorti de sa retraite honteuse qu'une fois par an, le 1er décembre. La solution temporaire qu'est la trithérapie a enlevé en effet toute urgence sociale a ce fléau des années 1980 et 90; une évolution à double tranchant qui se retrouve d'une certaine façon dans ce film argentin fin et beau. Le refus de Pablo de prendre les médicaments et l'amélioration de son état quasiment soudaine d'un point de vue physique et psychologique dès qu'il entame le traitement reflètent à la fois la méfiance envers la médecine et la banalité de cette dernière une fois que le pas est franchi.
Cette adaptation du journal auto-biographique de Pablo Perez ne se pose par contre nullement en publicité facile pour des solutions miracles aux problèmes existentiels. Elle s'investit davantage dans une étude complexe d'un personnage opaque et solitaire, d'un homme qui a peur de mourir mais qui retarde le plus possible les décisions qui le libéreront en fin de compte. A l'opposé d'une rage de vivre qui tournerait presque vers l'autodestruction (comme ce fut le cas dans Les Nuits fauves, si nos souvenirs lointains sont bons), l'attitude de Pablo est plutôt celle d'une quête de désirs et de l'assouvissement de ses fantasmes. La pratique sado-masochiste fonctionne alors comme un catalyseur de ses peurs et de ses joies, sans que cet épanouissement incomplet (son rapport ambigu avec Martin et le commissaire) ne donne lieu à des explications psychologiques simplistes.
En effet, l'approche de la réalisatrice à un milieu qui lui est étranger fait preuve d'une sensibilité remarquable. Les quelques séquences de soumission et de domination ne sont guère choquantes et ne s'évertuent pas à dépeindre les hommes en attirail de cuir comme des pervers. Cette finesse dans le traitement de sujets délicats se retrouve également du côté de la mise en scène, simple et efficace. De transitions astucieuses en moments de poésie fugaces, l'écriture cinématographique d'Anahi Berneri est des plus prometteuses pour éclairer sans préjugés des domaines plutôt confidentiels de la société.
Vu le 28 mars 2006, au Club Marbeuf, en VO
Note de Tootpadu: