Vent de la violence (Le)

Vent de la violence (Le)
Titre original:Vent de la violence (Le)
Réalisateur:Ralph Nelson
Sortie:Cinéma
Durée:101 minutes
Date:07 mai 1975
Note:
L'activiste Shack Twala vient d'être libéré de prison en Afrique du Sud, après une peine de dix ans. Encore sans papiers et en chemin avec son avocate et l'amant de celle-ci, le Britannique Jim Keogh, pour célébrer sa libération, il est arrêté par la police, mais réussit à s'enfuir. Avec Keogh, Twala tente alors de rejoindre Johannesburg, où il connait un ancien activiste qui les aidera à franchir la frontière.

Critique de Tootpadu

L'apartheid est heureusement une injustice du passé, un fait de l'histoire africaine qu'il ne faut évidemment pas ignorer, mais qui est passé aux oubliettes depuis son abolition pacifique. Il en était tout autrement au moment du tournage de ce film au milieu des années 1970, au Kénia. Nelson Mandela était en prison et Steve Biko, dont l'histoire racontée dans Cry Freedom de Richard Attenborough ressemble en certains points à celle-ci, faisait déjà partie des bannis, avant de mourir dans des circonstances supectes peu de temps après. Prendre ce crime contre l'humanité en toile de fond pour un film d'action donnait par conséquent une certaine responsabilité aux producteurs, une sorte d'impossibilité de ne pas prendre position.
Au début, ce contrat de l'engagement militant est respecté, avec une arrestation musclée et un juge particulièrement arrogant. Mais l'intrigue prend le virage de la fuite à travers le pays beaucoup plus tôt que son successeur précité avec Denzel Washington et Kevin Kline. Alors que ce changement de vitesse avait sérieusement porté préjudice à ce dernier, après une construction consciencieuse de la noblesse du combat, le film de Ralph Nelson nous réservera encore d'autres revirements poussifs. Le contexte sud-africain s'efface progressivement pour laisser la place à un simple jeu du chat et de la souris. L'injustice se voit ainsi troqué contre quelques diamants et les moyens de locomotion deviennent de moins en moins candides. Car, même si l'intérêt de cette poursuite baisse considérablement pendant la deuxième moitié du film, cela n'empêche point des idées ingénieuses d'éclore sporadiquement, comme la voiture cachée dans une cabane soulevée, une conductrice dénudée en guise d'appât, un hélicoptère saccagé ou bien, dans un autre registre, un bain embarrassant.
Le récit a beau bifurquer dans des directions d'un attrait décroissant, le ton garde toujours une ironie assez divertissante, qui allège plus que les actions médiocres une intrigue au potentiel bien intentionné. Et que dire des répliques récurrentes au rapport très troublant à la virilité ? Le coup du prisonnier qui ne peut pas uriner sans soutien manuel pâlit en effet, en comparaison avec l'accusation que tous les communistes fantasment sur le prépuce du Che ! De cette ambiguïté qui lorgne maladroitement vers l'homophobie, la réalisation très médiocre n'en tire malheuresement rien. Et ce ne sont pas les interprétations relativement solides, mais perdues dans le désordre scénaristique, qui vont y remédier.

Vu le 2 octobre 2005, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO

Note de Tootpadu: