Gourou

Gourou
Titre original:Gourou
Réalisateur:Yann Gozlan
Sortie:Cinéma
Durée:126 minutes
Date:28 janvier 2026
Note:
Matt est le coach en développement personnel le plus populaire de France. Dans une société en quête de sens, où la réussite individuelle est devenue sacrée, il offre à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu'elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt se lance dans une course effrénée qui le mènera au bord de la folie et peut-être de la gloire...

Critique de Mulder

Après sa première mondiale  à l’American French Film Festival de Los Angeles (que notre média a pu couvrir) le film Gourou sortira en France le 28 janvier prochain. Ce film marque la troisième collaboration entre Yann Gozlan et le comédien Pierre Niney, après Un homme idéal et Boîte noire. Le film s’inscrit clairement dans une veine contemporaine, presque anxiogène, en s’attaquant frontalement à l’industrie florissante du développement personnel, symptôme d’une société en quête de repères et obsédée par la performance. Dès les premières minutes, le spectateur est plongé dans l’univers de Matthieu Vasseur, alias Coach Matt, figure charismatique à la tête de séminaires spectaculaires où slogans, musique galvanisante et mise en scène millimétrée transforment la promesse de mieux-être en véritable show. Cette ouverture, immersive et volontairement écrasante, dit déjà beaucoup de la démarche de Yann Gozlan : observer sans détour un système, en exposer les mécanismes, et laisser le malaise s’installer progressivement.

Matthieu Vasseur, interprété par Pierre Niney, est un homme qui s’est construit seul, parti de rien, sans diplôme, pour devenir une icône nationale du coaching. Il vit confortablement au bord de la Seine, travaille main dans la main avec sa compagne Marion Barbeau, impeccable en stratège de l’ombre, et rêve désormais d’une reconnaissance internationale symbolisée par son idole américaine Holt McCallany, incarnation glaçante d’un gourou XXL prêt à remplir des arenas à Las Vegas. L’une des grandes réussites du film réside dans cette description clinique d’un empire bâti sur l’illusion de l’écoute et de l’empathie, où chaque geste, chaque larme, chaque prise de parole est orchestrée via oreillette, caméras et fiches ultra-détaillées sur les participants. Le film montre avec une précision presque documentaire comment la fragilité devient une matière première, exploitée avec une efficacité redoutable.

Lorsque la menace d’une loi visant à encadrer la profession surgit, le récit bascule dans un thriller psychologique plus sombre, révélant peu à peu la véritable nature de Matthieu Vasseur. Le réalisateur et co-scénariste Yann Gozlan joue alors habilement sur l’ambiguïté morale de son personnage, laissant planer le doute : Matt croit-il sincèrement aider les autres ou se ment-il à lui-même pour justifier ses méthodes ? La relation toxique qu’il entretient avec Julien, incarné par un Anthony Bajon inquiétant de fragilité et de dévotion maladive, constitue l’un des axes les plus dérangeants du film. À travers lui, le film Gourou touche du doigt quelque chose de profondément troublant : cette fascination aveugle, presque mystique, qui pousse certains individus à remettre leur libre arbitre entre les mains d’un guide autoproclamé.

Sur le plan formel, le film impressionne par sa maîtrise technique. La photographie froide et clinique signée Antoine Sanier accentue la solitude du pouvoir et la vacuité émotionnelle qui entoure Matthieu Vasseur, tandis que la musique de Chloé Thévenin enveloppe le récit d’une tension permanente, parfois appuyée mais souvent efficace. Les séminaires filmés comme des concerts, les travellings circulaires et le montage très rythmé traduisent cette frénésie du succès et cette fuite en avant qui caractérisent le personnage principal. Pourtant, cette surenchère esthétique finit parfois par desservir le propos, donnant au film un aspect démonstratif qui laisse peu de place au silence ou à la nuance.

C’est d’ailleurs là que le film Gourou divise. Si Pierre Niney livre une performance investie, oscillant entre assurance conquérante et paranoïa rampante, son pouvoir d’emprise reste parfois plus théorique que viscéral. À l’inverse, la présence de Holt McCallany en gourou américain impose une autorité presque immédiate, soulignant par contraste une certaine limite dans la construction du personnage français. Le film semble vouloir dénoncer sans jamais totalement plonger dans l’horreur intime de la manipulation, comme s’il hésitait constamment entre satire sociale, thriller paranoïaque et étude de caractère. Cette indécision affaiblit par moments l’impact émotionnel, notamment lorsque le scénario multiplie les pistes sans toujours les approfondir.

Malgré ces réserves, Gourou s’affirme comme un film pertinent et parfaitement maitrisé qui a le mérite de poser des questions essentielles sur notre rapport à l’autorité, à la réussite et à la promesse du bonheur clé en main. Il observe avec acuité un monde où la frontière entre aide sincère et exploitation cynique est dangereusement poreuse, et où la positivité devient une arme de contrôle. Sans être totalement à la hauteur de son ambition initiale, le film de Yann Gozlan s’impose comme un thriller solide, ancré dans son époque, et porté par un sujet suffisamment fort pour continuer à hanter le spectateur bien après la projection.

Gourou
Réalisé par Yann Gozlan
Écrit par Jean-Baptiste Delafon, Yann Gozlan
Produit par Wassim Beji, Pierre Niney, Marc-Henri de Busschère
Avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Christophe Montenez, Holt McCallany, Jonathan Turnbull, Raphaëlle Simon, Tracy Gotoas, Léonie Simaga, Manon Kneusé, Paul Scarfoglio, Leanna Chea, Deborah Grall, Laurie Catherine Winkel, Pascaline Chotard
Directeur de la photographie : Antoine Sanier
Montage : Grégoire Sivan
Musique : Chloé Thévenin
Sociétés de production : WY Productions, Ninety Films, StudioCanal, Panache Productions, M6 Films
Distribution : StudioCanal (France)
Date de sortie : 28 janvier 2026 (France)
Durée : 126 minutes

Vu le 15 janvier 2026 au Forum des Images, salle 500  dans le cadre du club Allociné

Note de Mulder:

Critique de Cookie

Une salle immense, une intense clameur qui monte, des visages illuminés qui se tournent avec ferveur vers un homme qui s‘avance vers eux et qui tente de se frayer un chemin parmi cette foule en délire. Les mains se tendent vers lui pour le toucher en scandant son nom. Ce coach, leur gourou, Mathieu Vasseur ou plutôt Matt vient à leur rencontre pour les rassurer. Son slogan repris inlassablement par ses adeptes «  Ce que tu veux, c’est ce que tu es » image assez forte de tous ces participants hurlant de joie pour ce rituel d’ouverture de leur programme de développement personnel.  Ainsi commence le film Gourou qui plonge de suite le spectateur dans une atmosphère d’hystérie collective voire mystique.

Matt a le don d’aller vers les gens, de les interpeller par le prénom. La caméra se pose alors sur Julien, nouvel arrivant, d’abord intimidé, Matt parvient à force de persuasion à le sortir de sa névrose. Coach insatiable il continue jour après jour à enflammer les foules dans ses séances de groupe. Il est convaincu du bien-fondé de sa mission, tel un messie annonciateur de bonnes nouvelles, capable de guérir et de purifier les âmes perdues. Son public, issu pour la plupart des réseaux sociaux, lui est fidèle et reconnaissant à jamais.

Ces réunions grandeur nature sont épuisantes pour Matt qui trouve du réconfort et un appui auprès de sa femme et de son équipe. Cependant le coach est un être humain lui aussi avec ses faiblesses, petit à petit nous quittons cette atmosphère de réussite, de dynamisme sur fond de sociologie pour s’approcher d’un univers plus sombre, plus inquiétant avec une tension palpable qui va en augmentant.

Nous suivons maintenant Matt avec plus d’intérêt et avec un certain suspens, car semble poindre en lui de l’amertume, de l’agacement le menant parfois à éconduire sans raison et sans ménagement des anciens adeptes. Prend-il conscience soudainement de ses limites ? Jusqu’où est-il prêt à aller pour conserver son job et son aura ? Croit-il encore après tant d’années à ses discours ? comment considère-t-il son public ? Autant de questions que le spectateur se pose. Les scènes suivantes apportent un vif éclairage et font basculer le film dans une autre dimension qui réjouira les amateurs de thriller psychologique.

Pierre Niney dans ce rôle de gourou est surprenant, magnétique, il incarne avec force, réalisme et cynisme son personnage, impressionnant et glaçant quand il s’époumone devant son public. Sa transformation physique va de pair avec sa prise de conscience. Ce changement d’attitude entraine inévitablement des incompréhensions, des rejets dans son sillage, Adèle sa femme jouée excellemment par Marion Barbeau est une des premières atteintes.

Nous pouvons dire que le pari est réussi dans l’incarnation de ce coach à double personnalité, interprétation magistrale de Pierre Niney qui requiert beaucoup d’exigence apportant de la crédibilité au personnage de ce gourou. A noter également le sensible et éblouissant Anthony Bajon dans le rôle de Julien, le nouvel adepte. Le réalisateur Yann Gozlan a su mettre en œuvre un scénario haletant avec les bons ingrédients, du mystère, des scènes d’émotion, de l’espoir, du suspens, de la trahison et de la violence. A voir non seulement comme un thriller mais également comme une parodie du culte de la performance.

Gourou
Réalisé par Yann Gozlan
Écrit par Jean-Baptiste Delafon, Yann Gozlan
Produit par Wassim Beji, Pierre Niney, Marc-Henri de Busschère
Avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Christophe Montenez, Holt McCallany, Jonathan Turnbull, Raphaëlle Simon, Tracy Gotoas, Léonie Simaga, Manon Kneusé, Paul Scarfoglio, Leanna Chea, Deborah Grall, Laurie Catherine Winkel, Pascaline Chotard
Directeur de la photographie : Antoine Sanier
Montage : Grégoire Sivan
Musique : Chloé Thévenin
Sociétés de production : WY Productions, Ninety Films, StudioCanal, Panache Productions, M6 Films
Distribution : StudioCanal (France)
Date de sortie : 28 janvier 2026 (France)
Durée : 126 minutes

Vu le 15 janvier 2026 au Forum des Images, salle 500 dans le cadre du club Allociné

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