Family Portraits

Family Portraits
Titre original:Family Portraits
Réalisateur:Douglas Buck
Sortie:Cinéma
Durée:104 minutes
Date:04 octobre 2006
Note:
Trois histoires de famille:
Dans Cutting Moments, une mère de famille se mutile pour attirer l'attention de son mari, qui paraît plus intéressé par leur jeune fils.
Home est l'histoire d'un homme qui tente par tous les moyens d'être à la hauteur des valeurs morales de son père, quitte à tomber dans l'extrémisme religieux et le châtiment corporel.
Et Prologue conte le retour d'une jeune femme chez elle, un an après avoir été violée et sauvagement mutilée.

Critique de Tootpadu

Le réalisateur de ce triptyque indépendant a beau se réclamer d'Ingmar Bergman et d'Andreï Tarkovski à longueur de dossier de presse, le cinéaste avec lequel le rapport de parenté nous semble le plus évident est pourtant le David Cronenberg des années 1970 et '80. Il manque certes la dimension fantastique du metteur en scène canadien, mais l'essentiel, un ton fortement malaisant et alimenté par des pulsions gores et sanguinaires, est sauf. Le portrait que Douglas Buck dresse de la famille américaine moyenne est en effet des plus monstrueux, un condensé tendancieux de la souffrance humaine et du surgissement cruel de sentiments trop longtemps refoulés.
Ce qui choque le plus dans ce mouvement cyclique de l'auto-mutilation et d'une vie terne et malheureuse, ce ne sont pas tellement les bains de sang ou l'assouvissement de tendances pédophiles. Le point sur lequel Buck paraît insister outre mesure, c'est l'effacement de la femme, une créature fortement névrosée et soumise volontairement au pouvoir de son mari malfaisant. Et cette position avilissante de la part des femmes, et l'absence d'une entité régulatrice dans le dysfonctionnement criminel des familles enlèvent beaucoup de la crédibilité du discours de Douglas Buck. De même, les issues outrancières choisies pour les deux premières histoires poussent celles-ci dans le domaine du fait divers extrême ou, pire encore, de la fiction gore et traumatisante sans raison valable.
Produits au cours de huit ans, ces trois courts-métrages à la thématique commune portent d'une façon saisissante témoignage de la progression de leur réalisateur. Alors que Cutting Moments peut être considéré comme une variation mineure sur la figure de la mutilation dans The Big Shave de Martin Scorsese, Home démontre une sophistication supplémentaire dans la description des névroses de la banlieue. Ces deux histoires sont certes fortement ancrées dans l'amateurisme cinématographique, avec leur son déplorable et leur narration approximative. Mais rien que la composition des plans, avec ces personnages poussés jusqu'à l'extrémité du cadre, laisse deviner une réflexion cinématographique prometteuse.
En guise de récompense pour nous remercier d'avoir stoïquement subi les écarts des deux premières ébauches, Prologue est d'une facture encore plus affirmée. C'est ici que le lien avec Cronenberg ou De beaux lendemains d'Atom Egoyan apparait le plus clairement. Grâce à une histoire plus complexe que les rages meurtrières antérieures, le malaise s'enracine encore plus durablement en nous. De quoi attendre avec un brin d'impatience le premier long-métrage de Douglas Buck, le remake des Sisters de Brian De Palma.

Vu le 14 septembre 2006, au Club Marbeuf, en VO

Note de Tootpadu: