Equipier (L')

Réalisé par Philippe Lioret (2004)

Drame
Equipier (L')
Durée 104 minutes
Sortie 03/11/2004
Note 6/10

Camille arrive à Ouessant, son île de naissance, pour y vendre la maison familiale qui n'est plus aujourd'hui qu'une maison de vacances.Yvon, son père est mort il y a dix ans et Mabé, sa mère, l'an dernier. Camille et Jeanne, sa tante, vont passer une dernière nuit dans la maison, une nuit blanche pour Camille qui va y découvrir un secret... En 1963, un homme est venu faire équipe avec son père, alors gardien du phare de La Jument. Cet homme, blessé au combat en Algérie, bénéficiait d'un "emploi réservé" aux Phares et Balises. Il n'est resté que deux mois, mais son passage a été dévastateur...
(Source Allociné)

La critique

Par Tootpadu 18/11/2004

Ce que l'on aime bien chez Philippe Lioret, c'est son attention aux petites choses, aux gestes et aux regards, aux objets anodins qui véhiculent un nombre important de sous-entendus. Ce plus très jeune réalisateur venu du son a de même le don d'insuffler une aura d'universalité à des histoires somme toute banales. Ainsi, son film précédent, Mademoiselle, déjà avec la sublime Sandrine Bonnaire, était dans toute sa concision une des plus belles histoires d'amour éphémère du cinéma français de ces dernières années.
Pour formuler notre admiration pour le cinéaste encore autrement : il cherche et trouve la beauté dans des instants qui ne s'y prètent pas à première vue. Comme dans cette histoire de Bretons, qui ne tire en fin de compte pas tellement profit de l'aspect pittoresque du paysage ou de la force lyrique des vagues qui se brisent contre le phare. A la place, Lioret préfère nous surprendre par un très beau plan de Bonnaire juste au moment où elle en apprend plus sur le passé guerrier de son amant, ou bien, il résume toute la tristesse résignée du personnage féminin dans l'image de l'adieu de loin, sous la pluie, à côté de la croix.
Cette subtilité dans la description des personnages se retrouve à chaque instant, sans forcer le trait, sans trop expliquer ou montrer explicitement non plus. Il se produit alors l'effet inverse par rapport à Mademoiselle qui était un film court, mais très riche et émotionnellement parlant intense. Cet Equipier se passe au contraire assez rapidement, en nous laissant à peine le temps de réellement appréhender la richesse des personnages, en nous forçant presque de nous contenter d'une histoire belle mais juste insinuée. Comme pour nous laisser nous remettre de l'impact émotionnel bien plus subtil que dans son oeuvre précédente, Lioret fait démarrer le générique de fin tout doucement, au tact de la musique, d'ailleurs fort belle, de Nicola Piovani. Si c'est pour laisser perdurer un instant de plus le doux parfum de nostalgie qui plane sur son film, le réalisateur se sera avéré réellement comme le cinéaste le plus sensible de sa génération.

Vu le 12 novembre 2004, à l'UGC Ciné Cité Bercy, Salle 20

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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