Années de plomb (Les)
Réalisé par Margarethe von Trotta (1982)
| Durée | 106 minutes |
| Sortie | 28/02/1982 |
| Note | 7/10 |
Issues d'une famille de pasteur, Juliane et sa soeur cadette Marianne ont choisi des voies différentes pour exprimer leur contestation envers l'ordre établi. Alors que Juliane s'engage dans le mouvement féministe à travers son travail pour un magazine spécialisé, Marianne a abandonné son fils et son mari pour devenir une terroriste recherchée dans toute l'Allemagne. En dépit de la divergence de leurs méthodes, les deux soeurs demeurent proches, surtout lorsque Marianne est incarcérée et que sa soeur devient son unique lien vers le monde extérieur.
La critique
Par Tootpadu 17/03/2008
La narration astucieuse de Margarethe von Trotta, qui dévoile de plus en plus de la jeunesse de ses personnages, au fur et à mesure que leurs rencontres à la prison donnent un sens illusoire à leur existence, accroît progressivement la tension. A partir de moments relativement anodins, qui en disent pourtant long sur l'état d'esprit de Juliane et de Marianne, elle nous fait rentrer dans la névrose de la première et le fanatisme aveugle de la deuxième. Le ton qu'elle adopte pour rendre compte d'une réaction de rejet de la génération paternelle et de l'impossibilité d'exprimer cette opposition d'une façon efficace, ce ton reste remarquablement lucide, pour une oeuvre qui aurait très bien pu sombrer dans le féminisme réducteur ou l'activisme radical sans fondement.
Plutôt que d'une leçon de contestation réussie, il s'agit ici d'une leçon de vie pleine de sagesse et de vestiges salutaires d'une jeunesse idéaliste. L'obsession pour le sort de sa soeur, à laquelle Juliane succombe de plus en plus, lui voile les yeux sur ce qui est toujours plus important dans la vie : les gens qui sont présents et vivants et qui ont plus besoin de nous que la préservation ou la rectification d'une mémoire. Arrivée à la fin du film, qui rappelle magistralement son début, Juliane ne s'est peut-être pas encore entièrement rendu compte de cette nécessité vitale, puisqu'elle tente une fois de plus le grand écart impossible, entre la correction bienveillante de son neveu traumatisé et la défense du souvenir de sa soeur, qui lui est finalement propre et exclusivement personnel. Grâce à la subtilité de la mise en scène, cette contradiction permanente devient pourtant claire et émotionnellement déchirante.
Enfin, Les Années de plomb, récompensé à l'époque par le Lion d'or de Venise, est un formidable tour de force d'actrice. Et Jutta Lampe et Barbara Sukowa excellent pour dresser un portrait au féminin de l'Allemagne, qui remplace la simplicité idéologique par une rage de la contestation existentielle, qui ne s'avère finalement pas plus satisfaisante pour les personnages.
Vu le 15 mars 2008, à la Maison des Arts, Créteil, Grande Salle, en VO