I’ll Be Gone in June

Réalisé par Katharina Rivilis

Drame
I’ll Be Gone in June
Avec Naomi Cosma, Logan Sage, Bianca Dumais, David Flores, Elijah De Billie, Mia Ayon, Marco Silva
Durée 120 minutes
Sortie Date de sortie indéterminée
Note 8/10

En 2001, Franny, une lycéenne allemande de seize ans venue en échange scolaire, arrive à Las Cruces, au Nouveau-Mexique. Aux prises avec ses difficultés scolaires, la chaleur du désert et le mal du pays, elle fait la connaissance d’Elliott, un garçon dont la tristesse discrète fait écho à la sienne. Alors que les États-Unis sont encore sous le choc des attentats du 11 septembre, une tendresse inattendue commence à naître entre eux.

La critique

Par Mulder 09/09/2026

I’ll Be Gone in June s’ouvre sur une vue depuis le hublot d’un avion : le désert du Nouveau-Mexique ressemble moins à un paysage accueillant qu’à la surface dénudée d’une autre planète. Pour Franny, une lycéenne allemande de seize ans en échange scolaire, incarnée avec une précision émotionnelle remarquable par Naomi Cosma, cette immensité brûlée représente à la fois l’Amérique qu’elle a imaginée et celle qu’elle s’apprête à découvrir : séduisante, insaisissable et bien moins libre que ne le promet son mythe. Arrivée à Las Cruces pour l’année scolaire 2001-2002, elle s’attend à vivre une aventure culturelle et peut-être à cette réinvention exaltante que le voyage semble offrir à cet âge. Au lieu de cela, elle se heurte à des foyers conservateurs, à des camarades de classe méfiants, à des avenirs discrètement restreints et, quelques semaines seulement après son arrivée, au traumatisme collectif du 11 septembre. S’inspirant en partie de sa propre expérience d’étudiante d’échange, la scénariste et réalisatrice Katharina Rivilis transforme ce matériau en quelque chose de plus insaisissable qu’une simple chronique autobiographique. Son premier long métrage, très abouti, est à la fois un film sur le passage à l’âge adulte, un journal vidéo fragmenté et le portrait d’une nation qui se replie sur sa peur au moment même où sa jeune observatrice européenne tente d’y pénétrer.

Le choix le plus judicieux du film est de renverser un stéréotype bien connu des films sur le lycée. Ici, l’étudiante étrangère en échange n’est ni un accessoire exotique ni la cible d’une blague interminable ; elle est le prisme à travers lequel la vie américaine est examinée. Franny est observatrice plutôt que naïve, et Naomi Cosma laisse transparaître sur son visage la curiosité, l’amusement et la méfiance sans qu’aucun dialogue explicatif ne soit nécessaire. Ayant grandi en Allemagne de l’Est au lendemain de la chute du mur de Berlin, elle entretient une relation complexe avec le nationalisme et la culpabilité historique, ce qui fait que les insultes désinvoltes du type fille nazie qui lui sont adressées vont bien au-delà de la simple cruauté adolescente. Elles révèlent à quelle vitesse l’identité peut être réduite à une histoire héritée. Ses premiers parents d’accueil, Tony Garcia et Eve Garcia, l’accueillent avec une hospitalité dont les limites se révèlent peu à peu : leur christianisme exige la conformité, leur intérêt pour les échanges culturels s’évapore dès que la différence devient gênante, et le simple fait de parler allemand est considéré comme vaguement suspect. Les détails sont souvent plus troublants que n’importe quelle confrontation dramatique, en particulier lorsque les adultes laissent Franny et les autres enfants attendre dans une voiture pendant qu’ils jouent au casino. De tels incidents confèrent au film le malaise d’une expérience dont on se souvient — des moments qui ont pu paraître simplement étranges à une adolescente, mais qui acquièrent une signification plus troublante lorsqu’ils sont revisités par un cinéaste adulte.

Le 11 septembre ne fonctionne pas tant comme un élément narratif classique que comme un changement de tension perceptible dans chaque pièce. L’une des séquences les plus percutantes du film parcourt une salle de classe remplie d’élèves abasourdis, tandis qu’une annonce insuffisante se contente de reprendre le discours institutionnel des pensées et prières. Immédiatement après, le serment d’allégeance prend une gravité presque cérémonielle, en particulier du point de vue de Franny, la seule élève incapable de participer instinctivement à cette manifestation de solidarité nationale. Plus tard, son père d’accueil lui apprend à tirer au pistolet au cas où des terroristes s’introduiraient chez eux, une scène à la fois absurde, effrayante et révélatrice de la manière dont une catastrophe lointaine peut être transformée en paranoïa privée. Lors d’une autre discussion en classe, des adolescents débattent des représailles militaires avec un mélange spontané de vengeance, d’incertitude, d’ennui et d’une intelligence politique inattendue. Comme Katharina Rivilis a encouragé ses jeunes acteurs, pour la plupart non professionnels, à improviser, ces conversations donnent une impression d’instabilité authentique ; les élèves ne s’expriment pas comme des porte-parole mis au service d’une thèse, mais comme des adolescents essayant de comprendre un événement que les adultes qui les entourent saisissent à peine. Le film se montre particulièrement incisif lorsqu’il montre le patriotisme se transformant en méfiance, tandis que les patrouilles frontalières et le mur tout proche révèlent à quel point la sécurité est répartie de manière inégale dans ce coin des États-Unis.

Pourtant, I’ll Be Gone in June n’est pas uniquement un récit de mémoire politique, et sa générosité réside dans le fait de laisser la vie d’adolescente se poursuivre au milieu d’une catastrophe historique. Franny se lie d’amitié avec Sam, interprétée par Bianca Dumais, dont la réputation de fêtarde et de fautrice de troubles semble en dire plus long sur le contrôle exercé par la ville sur les jeunes femmes que sur son comportement réel. Ida, une autre étudiante allemande incarnée par Rebecca Schulz, offre une autre réponse possible au déracinement : une forme d’adaptation plus stable et moins rebelle. Autour d’elles, les fêtes, les piscines, les tentatives infructueuses de convaincre un adulte de leur acheter de la bière et les longues périodes passées à traîner sans but apparent redonnent une texture sociale de plus en plus absente des films contemporains sur l’adolescence. Ces adolescents se rencontrent sans que chaque rencontre soit organisée via un écran ; ils se rapprochent grâce à la proximité, à l’ennui et à la répétition. Cette liberté est évocatrice, bien qu’elle soit également la source de la principale faiblesse du film. Les personnages évoquent l’université, les abus, l’argent et les perspectives d’avenir limitées qui s’offrent à eux, mais Katharina Rivilis s’éloigne parfois du sujet au moment même où ces implications deviennent dramatiquement captivantes. Sa structure épisodique reproduit fidèlement la connaissance partielle de l’adolescence, mais elle peut aussi laisser des vies potentiellement riches en suspens, à la lisière de la mémoire de Franny.

L’élément le plus conventionnel réside dans l’attirance de Franny pour Elliott, incarné par David Flores, un musicien local mélancolique dont la consommation présumée de drogue et l’aura globalement peu recommandable le rendent irrésistible aux yeux d’une jeune femme qui teste les limites de sa liberté temporaire. Il chante dans un groupe et travaille dans un restaurant drive-in en patins à roulettes, une combinaison anecdotique si parfaitement spécifique qu’elle ne pouvait provenir que d’un souvenir ou d’une excellente invention. Leur histoire d’amour est tendre, sensuelle et finit par être douloureuse, mais le film perd de son originalité lorsqu’il s’abandonne trop complètement à cette image familière d’Elliott en garçon blessé et inaccessible. David Flores apporte la réserve nécessaire, même si son jeu ne parvient pas tout à fait à égaler la palette infatigable de Naomi Cosma, qui rend Franny à la fois drôle, têtue, vulnérable et consciente d’elle-même — parfois en un seul regard. Ce qui importe le plus, ce n’est pas de savoir si Elliott mérite son dévouement, mais avec quelle détermination elle se jette corps et âme dans une expérience dont elle sait qu’elle a une date d’expiration. Le titre nous a déjà révélé qu’elle partira en juin ; par conséquent, chaque amitié et chaque promesse amoureuse porte en elle la mélancolie d’un futur souvenir. Son chagrin ne réside pas simplement dans la découverte qu’un garçon n’est pas fiable, mais dans la prise de conscience que la transformation n’offre aucune garantie d’appartenance.

Sur le plan visuel, le film trouve son langage le plus fort lorsque les mots ne suffisent plus. La directrice de la photographie Giulia Schelhas transforme Las Cruces en un paysage émotionnel fait d’oranges flamboyantes, de bleus nocturnes et de ciels immenses, capturant la région avec fascination tout en résistant à l’exotisme de carte postale. Le contraste entre ces images numériques soigneusement composées et les séquences brutes filmées par Franny avec son caméscope est particulièrement expressif. Les premières créent la mythologie sensuelle de l’expérience ; les secondes en enregistrent la réalité maladroite et fortuite. Ensemble, elles suggèrent que la mémoire n’est ni objective ni entièrement inventée, mais assemblée à partir de textures incompatibles. L’extraordinaire excursion à White Sands offre l’image emblématique du film : Franny et Elliott sont engloutis par une tempête, séparés au sein d’une brume pâle, presque abstraite, tandis qu’elle tente de rétablir un lien que le paysage semble déterminé à effacer. C’est à la fois romantique et inquiétant, l’expression physique de deux adolescents solitaires qui peuvent se reconnaître sans pour autant être capables de se sauver l’un l’autre. Les choix musicaux échappent eux aussi à une reconstitution stricte de l’époque, s’inspirant d’artistes telles que Nina Simone, Polly Jean Harvey et Chavela Vargas pour créer un souvenir de 2001 plutôt qu’une réplique muséale de cette année-là.

La participation du réalisateur Wim Wenders n’a rien de surprenant, car le film partage sa fascination pour l’Amérique, à la fois en tant que territoire et comme projection : un lieu que les Européens peuvent parcourir sans jamais parvenir à le déchiffrer complètement. Katharina Rivilis possède néanmoins un regard qui lui est propre, notamment dans la manière dont elle filme les corps adolescents avec affection et curiosité, sans les transformer en spectacle sexuel. Son premier film confond parfois fragmentation et profondeur, et ses derniers passages perdent de leur élan lorsque la romance prend le pas sur les observations culturelles plus acérées. Malgré tout, ses imperfections semblent indissociables de sa sincérité. I’ll Be Gone in June comprend que l’adolescence est rarement vécue comme un récit bien ficelé ; elle se construit à partir de pièces dans lesquelles on n’entre plus, de personnes qui disparaissent sans conclusion et d’événements dont la signification ne devient claire que des années plus tard. À travers Franny, le film témoigne d’une Amérique blessée et sur la défensive, tout en préservant la possibilité que l’ouverture d’esprit personnelle puisse résister à la peur politique. Magnifiquement filmé, politiquement alerte et porté par la magnétique Naomi Cosma, ce film révèle Katharina Rivilis comme une cinéaste capable de trouver un sens historique dans l’intimité instable de la mémoire.

I’ll Be Gone in June
Écrit et réalisé par Katharina Rivilis
Produit par Léa Germain, Wim Wenders, Clemens Köstlin, Katharina Rivilis, Olga Lamontanara, Simon Jaquemet, Andrea Kühnel et Vincent Savino
Avec : Naomi Cosma, Logan Sage, Bianca Dumais, David Flores, Elijah De Billie, Mia Ayon, Marco Silva
Direction de la photographie : Giulia Schelhas
Édité par Aurora Franco Vögeli
Musique de Steve Binetti et Eliane Bründler
Sociétés de production : Road Movies Filmproduktion, Wolfskind Films, Film Science, 8horses
Distribué par : NC
Dates de sortie : à confirmer
Durée : 120 minutes

Vu en 8 septembre 2026 au Centre international de Deauville

★★★★★★★★☆☆ 8/10

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