Drôles de poissons-chats (Les)
Réalisé par Claudia Sainte-Luce (2014)
| Durée | 91 minutes |
| Sortie | 28/05/2014 |
| Note | 6/10 |
Seule au monde, Claudia est admise à l’hôpital pour une crise d’appendicite. Elle y fait la connaissance de Martha, sa voisine de lit, qui reçoit des soins palliatifs pour une maladie incurable. Une fois sortie de l’hôpital, Claudia croise à nouveau Martha et ses quatre enfants, qui lui proposent de l’amener chez elle. Elle finit par les accompagner et de faire partie, pendant quelques mois, d’une famille aussi chaotique que profondément attachante.
Les critiques
Par Tootpadu 08/05/2014
Une famille haute en couleur rassemblée autour d’une Volkswagen jaune : le motif retenu pour l’affiche du premier film de Claudia Sainte-Luce pourrait faire croire en une version mexicaine des péripéties de Little Miss Sunshine. Il n’en est pratiquement rien, puisque cette escapade en voiture constitue un des rares rayons de soleil et d’insouciance dans un quotidien rythmé par la maladie de la mère. L’aspect le plus marquant de cette vie familiale est en effet la fragilité des moments précieux, où tout le monde se retrouve autour d’une table ou d’une activité commune. La nouvelle arrivée doit vite comprendre que les repas ne durent que quelques brèves minutes chez sa famille d’adoption, puisque les malaises de Martha se succèdent avec une régularité cruelle à laquelle ses enfants se sont habitués avec le temps.
Ce qui change et ce qui donne en quelque sorte une raison d’être aux Drôles de poissons-chats – au-delà de toute considération autobiographique de la part de la réalisatrice, qui avait vécu ce même cas de figure dans le rôle de Claudia –, c’est le regard de cette jeune femme, qui cherche à tout prix à s’intégrer dans cette famille en état de crise. Comparée à une existence à la solitude écrasante, la nouvelle vie de Claudia ressemblerait presque au paradis de l’échange et de l’utilité sociaux, bien que les enfants aînés de Martha ne se gênent pas pour profiter de sa disponibilité. Néanmoins, au fil du temps, elle va faire partie intégrante de cette communauté bordélique, à laquelle elle apporte moins un peu de calme et de sérénité que la facilité de désigner un bouc émissaire ou une personne à tout faire.
Il n’y a pratiquement pas de fausse note dans le récit que la réalisatrice mène avec une certaine douceur. Et pourtant, nous peinons à nous sentir réellement impliqués dans cette parenthèse sous le signe de la maladie. Ou le besoin du personnage principal de faire partie d’autre chose que de sa petite vie individuelle et misérable ne se manifeste pas dans des termes cinématographiques suffisamment saisissants, ou les personnages qui l’entourent ne font pas preuve de la même délicatesse qu’elle, à l’exception de la mère mourante qui croit y avoir trouvé une petite sœur de substitution à laquelle elle pourra confier les siens une fois qu’elle sera partie : toujours est-il que la narration n’a à aucun moment su nous surprendre par une approche autre que mollement gentille, pour conter le sort d’une famille recomposée d’une drôle de façon.
Vu le 30 avril 2014, au Club Marbeuf, en VO
Par Noodles 07/05/2014
C’est par une scène à l’ambiance particulièrement sinistre que s’ouvre Les drôles de poissons-chats. Dans un minuscule appartement désordonné, une jeune femme s’éveille l’air morose, pendant qu’un étrange et désagréable bruit sourd participe à accentuer l’atmosphère inquiétante qui règne en ce lieu. Lorsque cette mystérieuse personne s’en échappe, ce n’est que pour rejoindre le supermarché dans lequel elle exerce un travail peu reluisant. Peu à peu, le portrait cette inconnue se dessine : il s’agit de Claudia, être véritablement fantomatique aux yeux des autres et dont la vie sociale est pratiquement inexistante. L’actrice Ximena Ayala réussit parfaitement à incarner ce personnage craintif et vulnérable, qui semble dissimuler un passé douloureux derrière son visage impassible. Heureusement, la suite du film s’avère ne pas être aussi déprimante que cette première séquence semble l’annoncer.
En effet, Les drôles de poissons-chats prend une toute autre tournure lorsque la jeune femme fait la connaissance de Martha à l’hôpital. Cette mère de quatre enfants atteinte du VIH interprétée avec brio par Lisa Owen apparait rayonnante, débordante d’optimisme et emplie d’une joie de vivre qui contraste totalement avec le caractère de Claudia. C’est justement l’opposition si forte entre ces deux figures qui constitue l’intérêt principal du film. Claudia, plongée au cœur d’une famille qu’elle va découvrir en même temps que le spectateur, a d’abord du mal à trouver sa place entre Alejandra, l’ainée autoritaire, Wendy, l’adolescente boulimique, Mariana, la jeune lolita, et Alexandro, le petit dernier de la troupe. Pourtant, elle va progressivement se transformer à leur contact. Elle qui était si inaccessible et distante à l’écran se révèle être une femme attachante auquel le spectateur peut finalement s’identifier.
La relation qu’entretient Claudia avec cette drôle de famille composée d’enfants de pères différents est l’occasion de scènes émouvantes mais également, de temps à autre, de scènes comiques. Ici, les personnages passent plus de temps à s’amuser qu’à s’apitoyer sur leur sort. Ou plutôt, ils parviennent justement à s’amuser de leur sort : malgré l’aspect dramatique de la trame, c'est-à-dire la maladie de la mère qui lui prédit une mort certaine et la vie de solitude à laquelle est confrontée Claudia, le film ne sombre jamais dans le pessimisme. Comme poussée par un élan de vie inattendu, Martha décide même d’emmener toute sa tribu en vacances à la mer.
Les drôles de poisson-chats est finalement un récit très personnel de la réalisatrice qui nous relate ici sa propre histoire, et il faut préciser que ce film constitue le premier long-métrage de Claudia Sainte-Luce. Certes, la narration est caractérisée par une telle pudeur qu’elle en devient presque plate, et l’on regrettera sans doute un manque de rebondissements. Néanmoins, la cinéaste mexicaine filme ces personnages avec tant de douceur et de tendresse que cela suffit à nous charmer.
Vu le 30 Avril 2014, au club Marbeuf, en VO.