En mai fais ce qu'il te plaît

Réalisé par Christian Carion (2015)

Drame
En mai fais ce qu'il te plaît
Durée 114 minutes
Sortie 04/11/2015
Note 8/10

Mai 1940. Pour fuir l'invasion allemande, les habitants d'un petit village du nord de la France partent sur les routes, comme des millions de Français. Ils emmènent avec eux dans cet exode un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, celui-ci se lance à la recherche de son fils, accompagné par un soldat écossais cherchant à regagner l'Angleterre...

La critique

Par Mulder 07/11/2015

A mon grand-père Félix,

Certains films nous touchent réellement par leur volonté de nous proposer des sujets difficiles, historiques et dramatiques sur des moments de notre histoire qui ont marqué à jamais nos aïeux. De nombreux films ont abordé la seconde guerre mondiale et se sont imposés comme des modèles du genre. Entre le débarquement en Normandie reproduit avec une approche quasi-documentaire dans Il faut sauver le soldat Ryan (1998) et des classiques indémodables tels Le vieux fusil (1975), Au revoir les enfants (1987), La grande vadrouille (1966), plusieurs réalisateurs ont vu cette longue guerre sous différents angles. Pourtant rares sont les films ayant traité de l’exode des habitants des petits villages français face au danger de l’invasion allemande et à des soldats haineux et endoctrinés par un régime nazi. C’est dans ce cadre que le co-scénariste et réalisateur Christian Carion plante le décor de son film dans un petit village du nord de la France en mai 1940.

La reconstitution historique de cette période trouble repose sur de nombreux documentaires amassés pour donner à ce film une réalité palpable. Loin de ces films chorals servant à cacher par leur casting la faiblesse d’un scénario guère ambitieux, En mai fais ce qu’il te plait repose sur des fondations solides et met ainsi en scène la quête d’un père allemand ayant fuit son pays avec son fils. Installés dans un petit village tenu par un maire se donnant corps et à âme à la collectivité, Hans (August Diehl) va se retrouver en prison suite à un contrôle imprévu. Suite à la progression de l’armée allemande en France, il s’enfuit et il partira rechercher son fils qui a fui avec la plupart des habitants . Le réalisateur trouve les angles justes pour filmer toute l’horreur de la guerre et également le courage de simples individus qui se retrouvent dans des conflits les dépassant.

Le film ne se contente donc pas de nous présenter l’exode mais il est surtout le témoin d’une période dangereuse où des personnages vont devoir unir leur force. A ce titre le réalisateur bénéficie de comédiens parfaitement en phase avec leur personnage notamment la jeune comédienne Alice Isaaz dans le rôle d’une institutrice qui se retrouvera être l’éclaireuse sur son vélo sur la longue route qui emmènera le cortège des habitants dans une zone sûre. Les comédiens Olivier Gourmet, Matthew Rhys (La Tranchée (2002), A vif (2015)), Laurent Gerra et Mathilde Seigner complètent le casting. Ce casting donne une réelle force à ce film et surtout permet de donner vie à des personnages suffisamment esquissés pour être crédibles et bénéficier d’une réelle profondeur.

Le réalisateur n’oublie à aucun moment que le cinéma n’est pas qu’un simple vecteur de divertissement, il doit surtout être un moyen de questionner les spectateurs sur leur passé et surtout nous montrer les erreurs à ne plus reproduire. Voir ce réalisateur allemand filmer de manière mensongère la population pour en faire des documentaires prônant la supériorité allemande nous montre toute l’ignominie du régime allemande dans ses pires heures. De la même manière le réalisateur s’est inspiré de la manière de filmer les éléments naturels de Terrence Malick pour donner à son film une approche convaincante. Certaines scènes ressemblent ainsi à de véritables tableaux et sont d’une beauté saisissante.

Enfin le réalisateur bénéficie d’une musique renforçant la dureté de cette période historique. Celle-ci revient à l’un des plus grands compositeurs de musique de film Ennio Morricone. Cet apport considérable donne à ce film une noblesse et une universalité mémorables. Loin de suivre les traces d’un cinéma issu des grands studios américains préférant les happy-end, En mai fais ce qu’il te plait est un véritable plaidoyer pour la paix, une œuvre riche et intéressante comme on aimerait en voir plus souvent au cinéma

Vu le 26 octobre 2015, à la Salle Pathé Lamennais

★★★★★★★★☆☆ 8/10

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