Salvation (The)
Réalisé par Kristian Levring (2014)
| Durée | 92 minutes |
| Sortie | 27/08/2014 |
| Note | 6/10 |
En 1871, sept ans après avoir fui son Danemark natal, Jon accueille sa femme Marie et son fils Kresten en Amérique. Dès le voyage en diligence pour rejoindre la petite ferme familiale, ils se font agresser par deux autres passagers. Jon ne pourra pas empêcher le meurtre des siens. Il réussit cependant à se venger en exécutant froidement les deux assassins. Or, l’un des malfaiteurs était le frère de Delarue, le bandit impitoyable qui fait chanter toute la région. Pour éviter des représailles sanglantes, les habitants du village où Jon comptait revendre ses terres avant de partir vers l’ouest, décident de le livrer à Delarue et à la veuve énigmatique du défunt.
La critique
Par Tootpadu 05/09/2014
En ce moment, une rétrospective de l’œuvre mince mais poignante de Sergio Leone a lieu à la Cinémathèque Française. Cette production danoise y trouverait aisément sa place, tant l’influence du maître s’y ressent, sans pourtant étouffer complètement la sensibilité du réalisateur Kristian Levring. Tandis que le souffle de l’hommage emporte avec lui la première séquence du film, l’arrivée à la gare de l’épouse longtemps attendue, le ton change avec la confrontation initiale dans l’espace confiné de la diligence, qui sert de point de départ à la tragédie qui s’ensuivra. Contrairement au style baroque de Leone, celui de The Salvation se veut plus réaliste, sans les fioritures digne d’un opéra et la noblesse iconoclaste des personnages, aussi épaisse que leur transpiration. La vie ne vaut pas chère dans les deux cas, puisqu’elle graisse inlassablement la machine d’un antagonisme infiniment moins manichéen que dans les westerns hollywoodiens. Et pourtant, chez Leone, l’abnégation de la vie, c’est-à-dire l’orchestration de la mort, n’est jamais complètement exempte d’un rituel élégiaque, comme si l’assurance d’une fin certaine devrait insuffler de la sérénité aux condamnés.
Ici, cette résignation presque majestueuse n’a pas cours. Au contraire, les mémés, les infirmes et les enfants y sont massacrés sans le moindre état d’âme. Dans ce cynisme point voilé se reflète la philosophie barbare de la conquête de l’ouest américain, sur laquelle repose jusqu’à ce jour l’édifice mensonger de la civilisation des Etats-Unis. Car ceux qui tirent les ficelles derrière ce règlement de compte au bord des flaques de pétrole pestilentielles, ce sont les hommes d’affaire trop lâches et fourbes pour régler eux-mêmes les basses besognes de la redistribution des richesses. Le constat anticapitaliste ne traverse certes qu’en filigrane un récit des plus classiques. Il fournit néanmoins un arrière-plan idéologique plutôt original pour ce genre de film, qui s’articule sinon au fil des duels dans des décors désolés.
L’influence de l’héritage cinématographique de Sergio Leone a beau ne pas être écrasante, elle constitue malgré tout le fondement très solide de l’intrigue. Que ce soit du côté de la croisade du justicier solitaire ou de celui d’une distribution éclectique dont personne ne cherche à se mettre ostentatoirement en valeur, tout participe à une plénitude du genre comme on la voit heureusement de plus en plus. En effet, le western du nouveau siècle – aussi rachitique soit-il en nombre – n’aura pas fini de nous surprendre agréablement par sa vigueur et son respect mesuré à l’égard d’une tradition, qui remonte jusqu’à l’origine du cinéma, avant que Sergio Leone n’en réinvente avec bravoure et de façon pérenne les codes et les conventions.
Vu le 5 septembre 2014, à l’UGC Ciné Cité La Défense, Salle 12, en VO