Master (The)
Réalisé par Paul Thomas Anderson (2013)
| Durée | 136 minutes |
| Sortie | 09/01/2013 |
| Note | 5/10 |
A la fin de la guerre, Freddie Quell erre d’un petit travail à l’autre, qu’il ne réussit normalement pas à garder à cause de son tempérament imprévisible. En 1950, il fait par hasard la connaissance du leader spirituel Lancaster Dodd, qui l’accueille sur son yacht. Freddie y découvre les méthodes peu orthodoxes d’hypnose pratiquées par les adeptes de la Cause, inventée par Dodd. En échange, il fabrique pour le guru un breuvage alcoolique. Or, c’est justement sa dépendance à l’alcool qui risque d’éloigner Freddie de son nouveau maître.
La critique
Par Tootpadu 01/07/2014
A quoi rime tout cela ? Nous sommes prêts à admettre que le nouveau film de Paul Thomas Anderson dispose d’une force visuelle certaine, peut-être jamais plus poignante que lors du premier plan de l’écume des vagues laissé dans le sillage du bateau. Et les deux acteurs principaux donnent des tours de force à la hauteur de leurs personnages à l’esprit particulièrement tourmenté. Mais au niveau de son histoire et de son propos, The Master ne se démarque guère par la même vigueur impressionnante. Au contraire, l’intrigue, qui aurait pu se prêter à une plongée épique dans les entrailles d’une secte américaine, au leader certes charismatique, mais à l’enseignement fort nébuleux, préfère se concentrer sur cet individu antipathique et violent, la proie des disciples du « maître » en quelque sorte, sur lequel leur thérapie psychologique pour libérer la personnalité parfaite de l’homme reste sans emprise.
L’échec de Freddie Quell n’est pas nécessairement celui du film. Son impossibilité de se conformer sincèrement au style de vie prôné par son mentor peut d’ores et déjà être interprétée en tant que commentaire sur les belles paroles des congrégations religieuses qui pullulent sur le sol américain, mais dont l’impact réel sur la nature de l’homme reste plutôt anecdotique. La rencontre entre le faux prophète et son disciple tout aussi peu authentique, quoique pourchassé par de vrais démons psychologiques, représente ainsi le cas de figure idéal pour dévoiler les failles du chemin spirituel calqué indirectement sur le modèle de la Scientology. Hélas, le récit adopte assez tôt une position fataliste, très loin des contes édifiants qui nourrissent la propagande religieuse, dont les représentants filmiques restent cantonnés sur les écrans américains. De cette incapacité établie d’avance de remettre le protagoniste dans le droit chemin résulte alors une sorte de cercle vicieux narratif. Bien que ce dernier aspire parfois aux formes majestueuses du récit crépusculaire, il reste la plupart du temps dans une forme d’inertie plutôt frustrante.
Nous voici donc à nouveau mis à distance de l’œuvre de Paul Thomas Anderson. A l’exception de la parenthèse magistrale de son film précédent, nous y voyons en effet toujours une fâcheuse tendance à l’effort laborieux. Cela peut prendre une ampleur démesurée, comme dans le cas de Magnolia, ou bien se manifester à travers un fil narratif tout à fait bien intentionné, voire perspicace quant aux enjeux thématiques du film, qui finit néanmoins par s’égarer, comme ici. La déroute est certes à l’image du anti-héros, mais la façon dont il cherche à s’en sortir est si peu valorisante et la narration si fidèle à son vagabondage sans but précis, qu’elle ne peut que nous laisser circonspects.
Vu le 30 juin 2014, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO