Another silence

Réalisé par Santiago Amigorena (2011)

Drame
Another silence
Durée 88 minutes
Sortie 19/10/2011
Note 5/10

L’époux et le fils de Marie, un officier de police à Toronto, sont fusillés dans leur voiture par des inconnus. D’abord meurtrie par le deuil, Marie tente de retrouver la trace des assassins. Puisque l’enquête de ses collègues piétine, elle fait jouer ses propres contacts auprès de la pègre locale pour obtenir des informations sur les tueurs à gages, qui ont apparemment été payés par Pablo Molina, un trafiquant de drogue, incarcéré depuis quelques mois grâce au travail de Marie. La veuve part alors en Argentine, afin d’y venger à sa façon le meurtre de son mari et de son fils.

La critique

Par Tootpadu 03/10/2011

Les histoires de vengeance sont légion, où des individus émotionnellement anéantis par la perte violente d’un proche imposent leur propre conception de la justice, parce qu’ils considèrent que l’appareil institutionnel ne veut ou ne peut fournir une réponse adéquate à l’ampleur de leur deuil. Dans le cadre d’une fiction cinématographique, forcément dépourvue des conséquences sévères qui s’abattraient sur un tel justicier populiste dans la vie réelle, il est tentant de peindre le monde en noir et blanc, d’une manière assez manichéenne pour suspendre temporairement l’attachement à une justice impartiale chez les spectateurs à la conscience civique un minimum développée. Bien sûr, le message final de ces contes tendancieux confirme le plus souvent que même la vengeance la plus cruelle ne fera jamais revenir ceux et celles que le héros téméraire avait perdus au début. Mais le processus d’un catharsis par l’action autonome aura au moins permis de dissiper le sentiment d’injustice, tellement insoutenable pour ces braves gens, qui n’auraient pas fait de mal à une mouche, si le choc du meurtre le plus souvent gratuit ne les avait pas arrachés à leur petit confort.
Le deuxième film du réalisateur Santiago Amigorena, après Quelques jours en septembre, ne fait pas grand-chose pour conférer un aspect plus vivace ou original à cette formule éculée. L’appartenance du personnage principal aux forces de l’ordre ne le rend pas pour autant plus sensible à la lourdeur et à la lenteur des enquêtes officielles. Elle lui permet avant tout de jouir à plusieurs reprises d’un effet de surprise auprès de ses adversaires, qui ne s’attendent visiblement pas à ce qu’une femme menue comme Marie puisse être aussi redoutable dans le maniement des armes et les affrontements physiques. Loin de chez elle, elle a échoué à la fois de ses pouvoirs exécutifs et des repères sociaux et culturels, qui lui avaient sans doute permis d’appréhender le baron de la drogue au Canada, mais sans lesquels elle devient une simple étrangère dépendante des moyens de transport aléatoires en Argentine.
Marie-Josée Croze s’applique à intérioriser en toute circonstance la douleur sourde qui fait avancer son personnages. L’éclat final n’arrive cependant pas comme un soulagement après un long calvaire d’une monotonie morne. Dans le contexte d’un récit schématique et prévisible, il tend plutôt à prendre l’allure d’une conclusion caricaturale, au bout d’une quête impossible de rédemption. Car la sobriété de la narration n’aura réussi en fin de compte qu’à nous inspirer de l’indifférence face à ce personnage, dont les pulsions indirectement suicidaires ne rendent point plus noble sa croisade contre la chimère de l’assassin impitoyable.

Vu le 26 septembre 2011, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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