See You Next Tuesday
Réalisé par Drew Tobia (2013)
| Durée | 82 minutes |
| Sortie | 30/11/2013 |
| Note | 8/10 |
Une étrange jeune fille enceinte vient perturber la vie de sa mère alcoolique en pleine récupération et de sa vulgaire soeur lesbiene lors d'une dépression nerveuse.
La critique
Par Noodles 20/06/2014
See You Next Tuesday. A priori, cet énigmatique titre ne nous évoque pas grand-chose, d’autant plus qu’à aucun moment cette phrase n’est prononcée dans le film en question. En réalité, c’est là une expression difficilement compréhensible par le public français, étant donné qu’il s’agit pour les américains d’un subtil moyen de qualifier quelqu’un de C.U.N.T (comprendre « chatte », ou « salope »). Ce jeu de mots des plus élégants et raffinés nous annonce la couleur : à l’image de son titre, le premier long-métrage de Drew Tobia est trash et irrévérencieux.
On sera trop vite tenté de croire que See You Next Tuesday est un joyeux bordel cinématographique. Car au fond, si l’existence de l’héroïne Mona est bien un immense foutoir, ce dernier n’a absolument rien de joyeux. Cette jeune femme enceinte va perdre tour à tour son travail et son logement, tandis que la relation fusionnelle qu’elle entretenait avec sa mère part en fumée.
Mais dans le petit monde cruel et déjanté construit par le réalisateur, il n’y a pas que la vie du protagoniste (interprété très justement par Eleanore Pienta) qui s’avère foireuse. Drew Tobia nous présente une panoplie de personnages tous plus paumés les uns que les autres, comme cette mère ex-alcoolique totalement farfelue, ou cette sœur homosexuelle névrosée et particulièrement immature. C’est décidément osé de la part du cinéaste de parvenir à nous amuser à l’aide d’une telle brochette de cinglés alors que leurs déboires prêteraient plutôt à verser quelques larmes.
Il faut cependant réussir à voir au-delà de cet aspect de thérapie familiale criarde et hystérique pour comprendre que See You Next Tuesday est un étrange petit bijou, qui nous impressionne par sa faculté à alterner à une vitesse folle de fortes doses d’humour et des scènes bien plus graves, frôlant ainsi l’overdose. Le spectateur se trouve alors coincé dans un ascenseur émotionnel éprouvant, ne sachant plus s’il faut rire ou s’émouvoir face aux pleurnicheries de la fantasque Mona, dont les mésaventures sont décidemment tragiquement comiques.
Dérouté par un amas d’humour trash, on se demande sans cesse où est-ce que cet enchainement de scènes folles et de disputes absurdes tente de nous emmener : la réponse est très simple : nulle part. Pour autant, il faut se laisser charmer par la douce folie qui plane sur ce film très réussi oscillant entre drame et comédie. See You Next Tuesday nous prouve en tout cas que le cinéma américain underground peut parfois exceller lorsqu’il s’agit de mêler rires et larmes.
Vu le 14 Juin 2014, à l'occasion du Champ-Elysées Film Festival, au Balzac, en VO.