Rover (The)

Réalisé par David Michôd (2014)

Drame
Rover (The)
Durée 102 minutes
Sortie 04/06/2014
Note 8/10

Dix ans après l’effondrement de l’économie occidentale, les mines australiennes sont encore en activité, et cette industrie attire les hommes les plus désespérés et les plus dangereux. Là-bas, dans une société moribonde où survivre est un combat de chaque jour, plus aucune loi n’existe. Eric a tout laissé derrière lui. Ce n’est plus qu’un vagabond, un homme froid rempli de colère. Lorsqu’il se fait voler la seule chose qu’il possédait encore, sa voiture, par un gang, il se lance à leur poursuite. Son unique chance de les retrouver est Rey, un des membres de la bande, abandonné par les siens après avoir été blessé. Contraints et forcés, les deux hommes vont faire équipe pour un périple dont ils n’imaginent pas l’issue…

La critique

Par Noodles 31/05/2014

Trois ans après la sortie du remarqué et remarquable Animal Kingdom (2011), David Michôd revient avec un nouveau long-métrage présenté hors compétition au festival de Cannes. A travers The Rover, le réalisateur australien est bien décidé à ôter une nouvelle fois la moindre trace d’humanité à ses personnages, qui ne sont alors plus que des animaux sauvages.

Par un simple carton, le spectateur est averti que le récit qui va suivre se déroule dix ans après « la chute », sans daigner fournir la moindre information supplémentaire. Par la suite, le film ne donnera pas plus d’explication au spectateur, qui devine cependant que cette chute est celle de la société occidentale provoquée par l’effondrement de l’économie telle que nous la connaissons. Pourtant, l’argent semble avoir plus de valeur que jamais dans cette Australie post-apocalyptique où l’exploitation des mines constitue le dernier espoir d’une humanité à genoux. C’est dans ce paysage de no man’s land visuellement magnifique que tentent de survivre des individus désormais sans foi ni loi. Un tel scénario n’est évidemment pas sans rappeler le film australien culte Madmax (1979) de George Miller.

Une première scène nous plongeant brusquement dans le feu de l’action annonce d’emblée que David Michôd n’a rien perdu de son goût pour la violence, plus que présente dans son précédent long-métrage. Ici, une bagnole fonçant à toute allure à travers des contrées désolés et trois types échappant de justesse à une fusillade qui ne les a pas laissés indemnes donnent la couleur : l’Australie telle qu’elle est désormais est un véritable néo-western où règne la loi du plus fort – ou en tout cas du plus armé. The Rover est un film d’une rare brutalité, dépeignant un monde dans lequel la vie n’a plus aucune valeur. C’est dans ce monde qu’Eric, un mystérieux vagabond qui semble n’avoir plus rien à perdre, plonge dans une spirale de violence autodestructrice afin de retrouver la voiture qu’on lui a volée.

Pourtant, après un quart d’heure musclé en guise d’entrée en matière, il s’avère que The Rover prend un tournant bien différent. La cadence effrénée des premières séquences laisse rapidement place à un film au rythme beaucoup plus lent, faisant monter l’adrénaline d’une façon bien particulière : plutôt que de miser sur une forte dose de scènes d’actions superflues, le film s’attache à créer une atmosphère extrêmement pesante. A ce propos, la bande son puissante et oppressante au possible participe pleinement à la création de cette ambiance tendue, dans un film où l’air est constamment chargé d’électricité. Seule fausse note : cette brève scène très curieuse et sans aucun intérêt narratif accompagnée d’un morceau de musique pop qui détonne totalement avec le reste du film.

The Rover bénéficie de performances d’acteur impeccables de la part d’un Guy Pearce doté d’un charisme et d’une froideur à toute épreuve, mais également de la part d’un Robert Pattinson qui nous surprend agréablement dans ce rôle de péquenaud grotesque. Ce dernier, après avoir joué dans les films de David Cronenberg Cosmopolis (2012) et Maps to the stars (2014), continue de nous prouver qu’il a décidemment plus d’une corde à son arc.

Cette odyssée profondément nihiliste n’aurait en tout cas sûrement pas pu proposer une meilleure conclusion que ce dénouement mettant en lumière toute l’absurdité et le désespoir de l’humanité telle qu’elle apparait dans le monde construit par David Michôd. The Rover est un film choc, un petit bijou à ne pas louper.

 

Vu le 28 Mai 2014, à la salle Metropolitan, en VO.

★★★★★★★★☆☆ 8/10

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