Diable dans la peau (Le)

Diable dans la peau (Le)
Titre original:Diable dans la peau (Le)
Réalisateur:Gilles Martinerie
Sortie:Cinéma
Durée:86 minutes
Date:27 mars 2013
Note:
Xavier et son petit frère Jacques sont inséparables. La nouvelle que Jacques devra changer d’école après les grandes vacances, afin d’être suivi dans un établissement spécialisé, met par conséquent son frère aîné en rage. Face à l’incompréhension des adultes de voir le mal dans cette décision prise dans l’intérêt de son frère, Xavier devient de plus en plus hostile à leur égard. Il finit par fuguer avec lui, au grand dam de leur père, un ancien militaire sévère, et de leur grand-mère, qui peine à remplacer l’affection de leur mère, absente.

Critique de Tootpadu

L’impression liminaire de partir pour des vacances paisibles à la campagne est vite démentie dans ce beau premier film. Le décor bucolique y est certes omniprésent, filmé de surcroît avec une appréciation pour la force poétique de la nature comme on en trouve rarement dans le cinéma français, mais ce n’est pas pour autant que les jeunes protagonistes du Diable dans la peau réussissent à s’y épanouir. L’origine de leur malaise ne se trouve pas du côté du conte manichéen. Le réalisateur ne cherche par conséquent pas à reproduire la vision maléfique de la forêt et plus globalement de l’espace sauvage que l’on peut trouver chez Terry Gilliam, par exemple. Les plateaux limousins dans toute leur splendeur rustique fonctionnent davantage en tant que contrepoids innocent à la complexité des rapports entre les hommes.
La sublimation psychologique d’une enfance malheureuse est aussi absente de la palette de tons de ce film d’une simplicité confondante que l’apitoiement misérabiliste sur ces pauvres gamins qui ne savent pas à quel saint se vouer. La mise en scène préfère emprunter le chemin en apparence aisé de la neutralité émotionnelle, qu’il est cependant plus difficile de suivre jusqu’au bout sans paraître distant, voire indifférent au sort tragique de Xavier et Jacques. Or, le langage filmique employé ici est tout sauf inaccessible ou froid. Il célèbre au contraire les petites joies d’un été à la campagne, qui ne font nullement oublier l’échéance fatidique de la rentrée, quand le binôme fraternel sera dissous. Aucune pesanteur née de l’appréhension de ce moment n’est toutefois à signaler, seulement un regard très juste sur l’âge ni béni, ni maudit de l’enfance.
Du niveau de compréhension élevé des personnages, ainsi que de leur contexte résulte donc une première œuvre particulièrement prometteuse, aussi parce que Gilles Martinerie ne paraît pas être de ces débutants impulsifs qui cherchent à épater dès leur premier jet. La retenue formelle de sa narration, néanmoins riche en instants d’une pureté poétique admirable, apporte un souffle prudent de fraîcheur au cinéma français, qui en a grandement besoin en ce moment.

Vu le 14 mars 2013, au Club Marbeuf

Note de Tootpadu: