Blackout total

Réalisé par Steven Brill (2014)

Comédie
Blackout total
Durée 94 minutes
Sortie 21/05/2014
Note 6/10

La présentatrice Meghan Miles a passé un entretien d’embauche pour un poste sur une chaîne nationale. Quinze jours plus tard, elle attend avec impatience la réponse, qui est finalement négative. Dépitée et en plus larguée par son copain, Meghan sort faire la fête avec ses deux meilleures amies. Elle se retrouve fortement éméchée dans l’appartement du barman Gordon. Après une nuit torride, Meghan voudrait bien rentrer chez elle, notamment pour se préparer pour un nouveau test auprès de la chaîne nationale, qui lui accorde une deuxième chance. Mais elle devra d’abord traverser la ville sans voiture, ni argent, ni téléphone. La respectabilité de Meghan sera mise à rude épreuve pendant cette journée pas comme les autres.

Les critiques

Par Mulder 09/06/2014

La ville de Los Angeles est suffisamment grande et dispersée pour permettre à certaines comédies de nous proposer une histoire linéaire et pourtant réussie dans laquelle une jeune présentatrice télé habillée pour une soirée doit traverser une partie de la ville après une soirée bien arrosée pour retourner travailler. La tonalité du film nous renvoie aux comédies des années 80 tel After Hours de Martin Scorsese (1986) aux nombreux films avec Eddie Murphy (Un Fauteuil pour deux (1983), Un prince à New York (1988)) ou encore de John Hughes (La Folle journée de Ferris Bueller (1986), Un Ticket pour deux (1987)…. Ces films reposaient principalement sur un personnage principal à qui arrivait les pires ennuis inimaginables. Pour son sixième film et après voir connu autant de succès (Little Nicky (2000),  Les Aventures de Mister Deeds (2001)) que d’échecs cinglants (Drillbit Taylor : garde du corps (2008)…), le réalisateur Steven Brill signe ici également le scénario de son septième film.

Après un générique nous montrant de nombreuses scènes hilarantes mettant en scène  les nombreux déboires de journalistes de la télévision, l’attention se focalise sur Meghan, une journaliste de terrain qui souhaite faire carrière comme présentatrice vedette. Dès le départ, celle-ci n’est guère chanceuse entre  une rupture amoureuse et un poste qu’elle souhaitait avoir lui passe sous le nez.  Après une soirée mal commencée, elle fera la rencontre d’un barman et écrivain interprété par James Marsden (X-men) et d’une multitude de personnages. Le réalisateur et scénariste révêle une véritable volonté de donner une crédibilité à cette histoire dans laquelle le personnage principal féminin devra survivre tel l’Odyssée d’Homère à tous les obstacles. Ce périple permet ainsi de montrer des quartiers guère présents dans le cinéma américain (Koreatown, MacArthur Park, East Los Angeles, le viaduc Sixth Street Bridge).

Le fait de donner à la comédienne Elizabeth Banks le rôle principal est sûrement l’argument principal qui a retenu notre attention. Cette actrice américaine obtient ainsi ici son premier grand rôle principal (en faisant abstraction des films Meet Bill (2007) et Zack et Miri font un porno (2008)). Parfaitement à l’aise dans le rôle d’une blonde en inadéquation totale avec son environnement, elle devra ainsi affronter moult dangers et affronter les pires préjugés face à son accoutrement et à sa manière de s’exprimer et d’agir. A bien regarder toute la réussite du film revient à son interprétation convaincante d’une journaliste plus séduisante qu’intelligente et qui représente à elle toute seule le consumérisme américain. Le scénariste et réalisateur prend un malin plaisir à faire subir à son personnage les pires évènements possibles. C’est ainsi la ville de Los Angeles présentée comme une véritable carte de jeu vidéo dans laquelle la journaliste se retrouve pratiquement à devoir survivre par tous les moyens inimaginables et lui faire rencontrer des personnages aussi malsains (le chauffeur de taxi) qu’attendrissants (les trois pieds-nickelés dealers).

Le titre américain du film La marche de la honte aurait mérité à être gardé ou traduit littéralement. En effet, un blackout total renvoie plus à la situation présentée dans la trilogie Very Bad Trip plutôt qu’à cette traversée d’une ville par cette héroïne. Celle-ci victime de préjugé sera ainsi prise pour une stripteaseuse, une prostituée, une doguée, une dealeuse, une masseuse et une sorcière soit un véritable tableau de la honte pour une femme moderne.  

Le film permet à son réalisateur de régler certains comptes avec les préjugés relatifs à la ville tentaculaire de Los Angeles. Nous sommes loin ici d’une visite des principaux axes touristiques de la ville. Il s’agirait plutôt de nous montrer les pires recoins dans lesquels la prostitution, les vendeurs de drogue peuvent tranquillement exister. Par cet aspect, le film dynamite aisément les comédies américaines récentes et nous permet de passer un excellent moment à regarder cette Barbie grandeur nature déambuler dans les rues malsaines de la cité des anges.  La morale du film assez claire montre qu’il ne faut jamais juger quelqu’un sur ses apparences physiques ou ses habitudes vestimentaires. Véritable plaidoyer pour la cause féminine, le film trouve dans la présence de Elizabeth Banks sa plus belle ambassadrice.

Vu le 06 mai 2014  à la Salle Metropolitan, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Par Tootpadu 03/06/2014

Il s’en passe des choses en ville la nuit. Plonger dans les profondeurs urbaines de l’obscurité a depuis toujours été une cause de perdition pour les héros de cinéma. Alors qu’il suffit de prendre les transports en commun parisiens vers minuit pour observer une tranche de la population qui n’y serait pas du tout à sa place aux heures de pointe, la fiction filmique a tendance à accentuer encore ce phénomène. Sortir la nuit y équivaut régulièrement à une prise de risque démesurée, comme pour mieux colporter les vieux clichés sécuritaires qui nous viennent de nos ancêtres lointains, mais qui reflètent surtout une conception bourgeoise du rythme journalier en vogue pendant la première moitié du siècle dernier. Le film phare qui a su brillamment explorer ce choc des cultures, entre l’ordre du jour et le chaos de la nuit, a été bien sûr After hours de Martin Scorsese, bien qu’il ait aussi été conjugué plus récemment sur le ton de la comédie dans la série des Very bad trip.

Blackout total aspire à un mélange entre ces deux références, sans jamais atteindre ni la folie iconoclaste du premier, ni la vulgarité décomplexée du deuxième dont il peut être compris comme une variation au féminin. L’éternel combat de préserver sa respectabilité, alors que le vice guette à chaque coin de rue, y est livré avec une certaine insouciance, assez proche de ces comédies des années 1980 où les mésaventures de personnages sans faille ne mettaient à aucun moment en question la répartition des rôles sociaux aux Etats-Unis. Car en dépit de sa vanité et de sa personnalité superficielle, Meghan Miles mérite mieux que d’assouvir les fantasmes des hommes frustrés qu’elle croise au fil de son périple. Les faux clients de cette prostituée de pacotille, rabaissée au rang d’outil sexuel par la malheureuse concordance de l’heure, de l’endroit et d’une robe trop serrée dans laquelle elle arpente les rues de Los Angeles, auraient pu se prêter à un regard satirique sur la duplicité morale outre-Atlantique. Dans un film aussi bénin que celui-ci, ils servent au mieux à nous confirmer que les clichés raciaux et sociaux vieux de plusieurs décennies sont toujours d’actualité dans un pays, où le cinéma adopte rarement un rôle de précurseur en termes de mœurs et d’abolition de préjugés.

Toutefois, après ses collaborations avec Adam Sandler encore plus navrantes que ce divertissement sans attrait particulier, le réalisateur Steven Brill nous livre au moins un film vaguement plaisant ici. Les attaques molles du scénario contre la télé-réalité et justement contre le jugement précipité des gens que l’on croise dans la rue ne changent par contre rien au conformisme assez lénifiant du film dans son ensemble. Au moins, Elizabeth Banks dans le rôle principal ne tombe pas dans le piège de la caricature de la femme blonde et bête, un stéréotype qui avait assuré il n’y a pas si longtemps une célébrité relative à des actrices comme Reese Witherspoon et Anna Faris.

 

Vu le 2 juin 2014, à l’UGC Ciné Cité La Défense, Salle 12, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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