Lumière d'été

Réalisé par Jean Grémillon (1943)

Drame
Lumière d'été
Durée 109 minutes
Sortie 26/05/1943
Note 6/10

Michèle se rend seule dans une région montagneuse du sud de la France. Elle y a rendez-vous avec son amant, le peintre Roland, qu’elle connaît depuis trois mois et qui a réservé une chambre pour eux à l’hôtel « L’Ange Gardien ». Elle devra l’attendre longtemps. Quand il débarque enfin au bout de quelques jours sur sa moto et à moitié ivre, il lui annonce qu’il est ruiné et qu’il ne l’aime plus. Inconsolable, Michèle pense à mettre fin à ses jours. Elle est sauvée in extremis par le jeune ingénieur Julien, qui était déjà entré par erreur dans sa chambre la nuit de son arrivée. Mais c’est aux avances du riche Patrice qu’elle cède finalement, qui propose un travail pour Roland dans son château à proximité de l’hôtel.

La critique

Par Tootpadu 02/04/2014

Le réalisme poétique fonctionne à plein régime dans ce film de Jean Grémillon, qui – pour l’anecdote – a l’honneur de porter le premier numéro des visas d’exploitation français. Lumière d’été est bien un film de son temps, avec son histoire d’amour tortueuse sur fond d’un monde rural et ouvrier, qui met subtilement en perspective les tourments romantiques des cinq personnages principaux. Cette opposition n’est jamais plus flagrante que vers la fin, lorsque les plans d’un bal masqué succèdent à ceux du va-et-vient quasiment mécanique des hommes qui travaillent sur le chantier du barrage. En tant que troisième élément d’arrière-plan dans cet antagonisme entre la pureté de la classe ouvrière et la fourberie des hautes sphères sociales, la nature, aride et sauvage, joue un rôle essentiel. Sauf que la destination rêvée pour se tirer de ce traquenard de sentiments plus ou moins sincères est la ville de Paris, déjà à l’époque l’antithèse d’une vie calme et reposante.

Outre sa facilité prodigieuse de faire coexister des personnages secondaires pittoresques avec un ton malgré tout assez grave, le scénario cosigné par Jacques Prévert a l’avantage de s’attarder plus sur les petites failles humaines que sur les flots d’eau de rose qui remporteraient tout sur leur passage. La mécanique de séduction, qui aboutit soit au dépit, soit à l’abandon tout relatif à l’amour, avec cependant un nombre conséquent d’arrière-pensées, y sert principalement à rendre les personnages et leurs rapports plus ambigus. Même le peintre alcoolique Roland, interprété par un Pierre Brasseur sensiblement trop expressif, affiche une dignité suffisante pour ne pas y voir simplement un pauvre ivrogne qui ne mérite en rien l’affection que Michèle lui porte jusqu’à un certain point. En effet, l’élan mi-tragique, mi-mélodramatique de l’histoire s’appuie davantage sur les conséquences dévastatrices des coups bas et autres trahisons nées de l’ennui et de la routine, que d’une attitude constructive à l’égard d’une vie à deux.

Enfin, la mise en scène de Jean Grémillon ne manque pas d’élégance et de retenue pour orchestrer un film, qui aurait facilement pu tomber dans le piège des grands airs et des digressions bancales. Ce n’est certes pas un des chefs-d’œuvre incontestables du cinéma français de la première moitié des années 1940, très problématique d’un point de vue historique. Ne serait-ce que la course folle en voiture, conduite par un homme soûl qui n’a plus rien à perdre, relève du genre de dispositif dramatique trop poussif pour sonner vrai. Mais dans l’ensemble, c’est une belle histoire d’amour au parfum d’une époque révolue, qui sait donner même aux retournements les plus curieux un air de poésie romantique.

 

Vu le 2 avril 2014, au Quartier Latin, Salle 2

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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