Tyrannosaur
Réalisé par Paddy Considine (2012)
| Durée | 93 minutes |
| Sortie | 25/04/2012 |
| Note | 6/10 |
Joseph est un homme solitaire et acariâtre. Veuf depuis quelques années, il veille son meilleur ami qui n’en a plus pour longtemps avant que la maladie ne l’emporte et il tue son chien, son seul compagnon, dans un accès de colère. Après une énième bagarre dans le pub où il passe le plus clair de son temps, Joseph se réfugie dans le magasin de vêtements d’occasion de Hannah, une femme croyante qui vit dans les quartiers plus fortunés de Glasgow. Le vieillard aigri commence par l’insulter et la moquer, mais il finit par se sentir attiré vers cette femme, qui subit pourtant au quotidien les abus de son mari.
La critique
Par Tootpadu 27/03/2012
Les premières minutes de Tyrannosaur ne servent pas à nous mettre à l’aise, bien au contraire : un chien est sauvagement piétiné et le mari indigne pisse sur sa femme endormie sur le canapé. Le joug social sous lequel les personnages risquent de céder à chaque instant ne pourrait en effet pas être plus lourd. Et pourtant, l’épreuve cruelle et constante ne les rendra pas plus forts ou plus nobles. Elle leur donne simplement l’occasion de réclamer temporairement leur dignité, quitte à ce que ce soit en ayant recours à une violence barbare. La mise en scène simultanément sobre et à fleur de peau ne s’égare point vers un conte moral, qui verrait ces existences malheureuses comme un exemple à ne pas suivre. Elle cherche plutôt à exprimer sans fioritures la rage immense que Joseph et Hannah essaient d’évacuer tant bien que mal de leur système.
L’effet du film sur le spectateur est par conséquent largement plus épuisant qu’édifiant. L’investissement émotionnel dans cette histoire tragique vaut néanmoins la peine, grâce à la sincérité dans la représentation de la bestialité humaine, qui sommeille en chacun d’entre nous. Il y aurait peut-être de quoi pinailler sur le revirement majeur du troisième acte. Mais en même temps, l’affranchissement de la respectabilité de la part du personnage féminin est en quelque sorte le passage obligé pour atteindre le même degré de désespoir que son pendant masculin. Celui-ci est enfermé dans la haine de l’autre et de soi depuis tellement longtemps, qu’il ne pensait plus retrouver un jour quelque chose d’aussi banal que de la sympathie chez les gens qu’il fréquente plus par habitude que par la nécessité d’un lien social.
Vu le 27 mars 2012, au Club Marbeuf, en VO