Aimer boire et chanter
Réalisé par Alain Resnais (2014)
| Durée | 108 minutes |
| Sortie | 26/03/2014 |
| Note | 5/10 |
Dans la campagne anglaise du Yorkshire, le médecin Colin et sa femme Kathryn sont sur le point de commencer les répétitions d’une pièce de théâtre qui sera mise en scène par leur amie Peggy. Colin apprend alors que l’instituteur George Riley, atteint d’un cancer, n’aura plus que quelques mois à vivre. Une mauvaise nouvelle que Kathryn, toujours aussi bavarde, ne tarde pas à annoncer à Jack, le meilleur ami de George, et sa femme Tamara. Puisque l’un des acteurs de la troupe d’amateurs s’est désisté au dernier moment, les amis décident de proposer le rôle du séducteur au malade, afin de lui remonter le moral. Les saisons passent et le jour de la première approche, mais au lieu d’être moribond, George est convoité par toutes les femmes.
La critique
Par Tootpadu 07/03/2014
Le réalisateur n’apparaît pas plus dans Aimer, boire et chanter que le personnage principal. En effet, l’absence est au cœur de ce drôle de testament filmique que Alain Resnais a laissé derrière lui. Les trois couples de l’histoire tournent autour de quelqu’un qui se dérobe à l’œil du spectateur, qui n’est donc pas ou qui n’est plus, puisque le récit se clôt sur une scène d’enterrement. Mais le réalisateur est-il représenté d’une façon fantomatique par George Riley ou bien faudrait-il se l’imaginer davantage comme la réalisatrice à la présence encore plus abstraite ? Toujours est-il que la forme du film se conforme assez sagement au cadre théâtral par lequel s’est distingué la dernière partie de l’œuvre de Resnais. Au moins de ce côté-là, le réalisateur alors nonagénaire est resté fidèle à lui-même, sans pour autant atteindre le degré d’austérité filmique suprême de son aîné Manoel De Oliveira.
Or, la poussière par laquelle est saupoudré le ton du film n’est pas le résultat de la décomposition artistique d’un vieillard. Elle est plutôt le produit de la matière à l’origine du scénario, à savoir le genre de pièce à l’anglaise qui jongle avec un air blasé entre le sophistiqué et le superficiel. Les rapports des personnages gagnent ainsi en complexité, au fur et à mesure que l’action altruiste d’aider un ami commun à mieux vivre ses derniers mois se mue en danger imminent pour la continuité des couples, guère plus vivants. L’humour et le rythme deviennent même plus agiles, dès que les retournements de situation lorgnent vers le registre du théâtre de boulevard. Simultanément, la plupart des personnages glissent hélas vers la caricature, à l’exception notable de Jack, interprété avec la juste mesure d’aplomb par Michel Vuillermoz.
Enfin, le triangle des dispositifs visuels, qui alterne de plus en plus mollement entre les prises de vue de la campagne anglaise, le dessin des résidences respectives et un décor minimaliste de théâtre qui ne subit une légère ouverture que vers la fin, est symptomatique des ambitions de ce film, qui ne cherche nullement à conquérir de nouveaux horizons esthétiques. Ce n’est pas non plus un film qui fait du surplace, mais néanmoins l’épilogue mineur d’une filmographie, qui avait commencé avec une telle audace narrative plus d’un demi-siècle plus tôt.
Vu le 7 mars 2014, au Club Marbeuf