All about Albert
Réalisé par Nicole Holofcener (2014)
| Durée | 93 minutes |
| Sortie | 26/03/2014 |
| Note | 7/10 |
Mère divorcée, Eva se passionne pour son métier de masseuse. Très attachée à sa fille, elle redoute le jour – désormais imminent – où celle-ci va quitter la maison pour aller à l’université. A l’occasion d’une soirée, elle rencontre Albert, un homme doux, drôle et attachant qui partage les mêmes appréhensions qu’elle. Tandis qu’ils s’éprennent l’un de l’autre, Eva devient l’amie et confidente de Marianne, une nouvelle cliente, ravissante poète qui semblerait parfaite si seulement elle n’avait pas un énorme défaut : dénigrer sans cesse son ex-mari. Soudain Eva en vient à douter de sa propre relation avec Albert qu’elle fréquente depuis peu.
La critique
Par Mulder 27/01/2014
A James Gandolfini (1961-2013)
All about Albert est l’avant dernier film interprété par l’acteur James Gandolfini mort le 19 juin 2013. Habitué à être un second rôle récurrent du cinéma, c’est avec la série culte Les Soprano qu’il connut une reconnaissance mondiale avec notamment trois Emmy Awards et un Golden Globe. Sur un schéma classique le nouveau film écrit et réalisé par Nicole Holofcener présente deux divorcés Eva (Julia Louis-Dreyfus) et Albert (James Gandolfini) qui après s’être rencontrés lors d’une soirée sont attirés l’un vers l’autre et deviennent amant. Par un curieux hasard de circonstance à cette même fête, Eva rencontre Marianne et elles deviennent également peu à peu amies. Marianne lui parlera à plusieurs reprises de son ex-mari qui se trouve être Albert.
Ce film typique du cinéma indépendant américain montre qu’il est encore possible de réaliser des films de qualité reposant non pas sur un montage » charcuté » et des effets spéciaux en pagaille mais sur un duo d’acteur très inspiré et juste et sur les épaules d’une brillante scénariste et réalisatrice. La justesse des propos tenus par les différents personnages nous renvoie donc au départ des enfants du domicile familial, aux divorces et à ses conséquences et surtout à cette hantise de finir seul. Le film permet à la réalisatrice de retrouver pour la cinquième reprise l’actrice Catherine Keener et surtout de donner à James Gandolfini l’un de ses meilleurs rôles.
Aucun autre acteur ne pouvait interpréter ce personnage aussi nature et bourré de défauts que James Gandolfini. La réussite du film tient au couple d’Albert et Eva représentatif de notre société actuelle. On sent que la réalisatrice a injecté dans son film beaucoup d’elle-même, de son ressenti. La réalisatrice retranscrit parfaitement l’essence de l’âme humaine et la fascination des jeux de l’amour. En voulant éviter de retomber amoureuse d’un autre homme aussi imparfait que son précédent mari, Eva écoutera et sera influencée par les propos de Marianne. Ce film apparaît donc comme un divertissement intelligent et plein de nuances sur la recherche de sa moitié. La minutie du détail du scénario de Nicole Holofcener force non seulement le respect mais démontre qu’un scénario adapté par son propre auteur permet d’en livrer toute la saveur sans aucune perte voire détérioration.
L’alchimie de la réussite de All about Albert nous renvoie à ces grandes comédies romantiques telle Quand Harry rencontre Sally de Rob Reiner sortie en 1989. Ce long métrage permet aussi à l’excellente comédienne Julia Louis-Dreyfus. Formée à l’émission culte Saturday night live (1982-1985), elle a connu une reconnaissance mondiale par la série incontournable Seinfeld. Absente des grands écrans depuis 1997 (Harry dans tous ses états de Woody Allen), ce film marque donc son grand retour. Ce film n’est pourtant pas qu’une simple comédie romantique, c’est une vision de l’amour dans notre société actuelle. Aucun des personnages n’est ainsi parfait en soi et chacun doit cohabiter avec les défauts de l’autre. Cette attirance entre ces deux personnes de la classe moyenne américaine frappe par sa justesse. Nous sommes ainsi loin des comédies sirupeuses et de ces personnages trop lisses et caricaturaux.
Le film nous fait constamment passé du rire aux larmes et nous touche par une sincérité propre à la réalisatrice. Comme dans l’un des précédents films de Nicole Holofcener, Friends with money (2006) nous nous sentons si bien en présence de ces personnages, interprétés par d’excellents comédiens que nous ne voulons pas que ce film s’achève. De la même manière la relation qu’entretient Eva avec sa fille est pleine d’amour et de respect mutuel. Le fait que sa fille parte de son domicile la force en quelque sorte à se reconstruire une vie et à rechercher de nouveau sa moitié.
Enfin, comment expliquer qu’un tel film ne sorte qu’en salles en France le 26 mars 2014 alors que celui-ci est déjà disponible en DVD (import) depuis le 14 janvier 2014 pour un prix inférieur à une place de cinéma ?
Vu le 24 janvier 2014 au Club de l’Etoile , en VO