Blood Ties
Réalisé par Guillaume Canet (2013)
| Durée | 127 minutes |
| Sortie | 30/10/2013 |
| Note | 6/10 |
New York, 1974. Chris, la cinquantaine, est libéré pour bonne conduite après plusieurs années de prison pour un règlement de compte meurtrier. Devant la prison, Frank, son jeune frère, un flic prometteur, est là, à contrecœur. Ce ne sont pas seulement des choix de « carrières » qui ont séparé Chris et Frank, mais bien des choix de vies et une rivalité depuis l’enfance. Leur père Léon, qui les a élevés seul, a toujours eu pour Chris une préférence affichée, malgré les casses, la prison… Pourtant, Frank espère que son frère a changé et veut lui donner sa chance : il le loge, lui trouve un travail, l’aide à renouer avec ses enfants et son ex-femme, Monica.
La critique
Par Mulder 05/11/2013
Curieux choix pour ce quatrième film du réalisateur/scénariste/acteur Guillaume Canet de vouloir réaliser le remake d’un film français (Les liens du sang, 2008) de Jacques Maillot dans lequel il tenait l’un des deux rôles principaux. Secondé par l’excellent réalisateur/scénariste James Gray (ici également producteur exécutif), il américanise le film servant de base et y tente l’aventure américaine.
Pourtant la noirceur du film fait que c’est l’influence du réalisateur James Gray qui en émane principalement (Little Odessa, La nuit nous appartient, Two Lovers). La ville de Lyon a laissé place à la ville de New York dans laquelle James Gray situe tous ces films et dans laquelle il habite. Le choix du casting semble également relever d’un accord tacite entre les deux scénaristes (Clive Owen, Billy Crudup, Mila Kunis, Zoe Saldana, James Caan) voire de l’apport du réalisateur qui a tenu à diriger l’actrice Marion Cotillard (sa compagne dans la vie) et l’acteur belge Matthias Schoenaerts (toujours aussi impressionnant). De la même manière, le choix des chansons illustrant le film semble uniquement relever de l’excellente oreille musicale du réalisateur (aussi bien sélectionnée que celle de son film précédent).
Pour son premier film américain, le réalisateur Guillaume Canet ne choisit pas la voie la plus facile et rend un hommage marqué aux films de gangsters qui ont marqué son enfance. Il rend ainsi hommage non seulement à Francis Ford Coppola mais aussi à tout un pan du cinéma des années 70. Le thème de la famille était certes présent dans le film de Jacques Maillot mais le fait de retrouver James Caan dans le rôle du père de famille n’est guère dû au hasard. Le film Blood ties montre ainsi que les remakes américains de films français ne peuvent être réussis et convaincants que si leur raison principale n’est pas uniquement mercantile mais plutôt dû au fait de vouloir être un exercice de style et une manière de se faire connaître en dehors des frontières nationales. Nul doute également que le succès mondial de son film Ne le dis à personne (un des meilleurs thrillers français de ces vingt dernières années) a permis à ce jeune acteur/réalisateur de pouvoir travailler avec l’un de ses modèles (James Gray) et de pouvoir ainsi diriger des comédiens de renommée mondiale. Ces trois portraits magnifiques de femmes fortes (Monica, Natalie, Vanessa) conviennent parfaitement au film et témoigne que Guillaume Canet sait parfaitement diriger ses acteurs en connaissant leur problématique.
Pourtant, à trop vouloir être académique, Guillaume Canet fait de son film un artifice déséquilibré dans le sens que les deux scénaristes n’ont pas dépassé et encore moins transcendé le matériel original et ne l’ont uniquement retranscrits que pour un public américain friand de thriller au casting brillant. Le réalisateur hormis par l’apport musical du film, d ‘un scénario brillant et une direction d’acteurs tous parfaits dans leur rôle n’arrive pas à imposer son style à ce film. Cet excellent acteur, scénariste et réalisateur capable du meilleur (Ne le dis à personne) comme du moins bon (Les petits mouchoirs) nous rend donc une copie honorable mais pour laquelle on attendait beaucoup mieux qu’un simple bon thriller classique et décalqué.
Vu le 03 novembre 2013 au Gaumont Disney Village, Salle 10, en VF