Jours comptés (Les)
Réalisé par Elio Petri (2012)
Drame
| Durée | 99 minutes |
| Sortie | 25/04/2012 |
| Note | 6/10 |
Quand il voit un homme de son âge mourir dans le tramway, le plombier Cesare, un veuf au début de la cinquantaine, décide du jour au lendemain d’arrêter de travailler. Cette oisiveté revendiquée est vue d’un œil narquois par son entourage, mais Cesare n’a pas honte de profiter de sa nouvelle liberté pour faire le zouave. Jusqu’au moment où ses économies touchent à leur fin. La question se pose alors de tomber dans la criminalité ou bien de reprendre la sacoche d’outils pour déboucher les toilettes des autres.
La critique
Par Tootpadu 13/05/2012
L’espérance de vie a considérablement augmenté pendant le demi-siècle, qui sépare la production de ce film italien de sa sortie très tardive en France. Les quinquagénaires ne meurent plus que très rarement de nos jours et l’on pourrait même considérer cette période de la vie comme un véritable âge d’or, avant que les soucis de santé et d’argent ne compliquent sérieusement le quotidien. L’ironie du sort a voulu que le réalisateur Elio Petri s’éteigne au début des années 1980 des suites d’un cancer précisément à l’âge du protagoniste des Jours comptés, mais sinon, ce film à la tonalité grave fonctionne désormais plus comme une fable sur le ras-le-bol d’un homme seul qu’en tant que tableau à l’envergure sociale sur la vieillesse et ses mauvais côtés.
Cesare est un type plutôt antipathique. Fanfaron, lâche, et un peu licencieux sur les bords, son caractère ne suscite pas le genre de sympathie que la tragédie filmique d’autres vieillards désabusés avait déjà pu nous inspirer. La finalité de son parcours – exempt de rencontres majeures qui lui ouvriraient les yeux sur la fausse route sur laquelle il s’est engagé – n’est point de servir de leçon, mais de rependre un état d’esprit hautement fataliste. La satisfaction qu’il tire de cette parenthèse hédoniste est dérisoire, puisque même en l’absence de repères et d’impératifs, il est soumis à un mécanisme social qui l’empêche de s’épanouir. Et si l’enjeu principal du scénario pertinent était de prouver qu’il est pratiquement impossible de rompre avec ces vieilles habitudes et ce conditionnement archaïque, qui veulent nous faire croire que le sens de la vie réside dans l’exercice d’un travail, aussi routinier, voire dégradant soit-il ?
En effet, très loin de faire des émules de sa philosophie du moindre effort, le vieux plombier désœuvré accentue encore son isolement au fil de ses balades sans but à travers les rues romaines. Même son aspect visuel ne semble plus rentrer dans l’ordre établi des choses, puisque souvent cadrés que partiellement, sa tête et tout son corps d’un homme veule paraissent comme perdus dans une topographie urbaine soit foisonnante, soit déserte. Avant même d’accomplir son destin funeste, peut-être dès sa décision lourde de conséquences de rester au lit au lieu d’aller travailler, Cesare embrasse la mort, qui le lui rend d’ailleurs très bien.
Il faut une dose certaine de courage téméraire pour rester fidèle à un propos aussi noir et déprimant, ce qui fut visiblement le cas d’Elio Petri et de son collaborateur à l’écriture Tonino Guerra. Ce qui est sûr, c’est que le cinéma américain n’oserait jamais fouiller avec la même sobriété désillusionnée dans les profondeurs du désarroi de la condition humaine, face à la certitude de la mort.
Cesare est un type plutôt antipathique. Fanfaron, lâche, et un peu licencieux sur les bords, son caractère ne suscite pas le genre de sympathie que la tragédie filmique d’autres vieillards désabusés avait déjà pu nous inspirer. La finalité de son parcours – exempt de rencontres majeures qui lui ouvriraient les yeux sur la fausse route sur laquelle il s’est engagé – n’est point de servir de leçon, mais de rependre un état d’esprit hautement fataliste. La satisfaction qu’il tire de cette parenthèse hédoniste est dérisoire, puisque même en l’absence de repères et d’impératifs, il est soumis à un mécanisme social qui l’empêche de s’épanouir. Et si l’enjeu principal du scénario pertinent était de prouver qu’il est pratiquement impossible de rompre avec ces vieilles habitudes et ce conditionnement archaïque, qui veulent nous faire croire que le sens de la vie réside dans l’exercice d’un travail, aussi routinier, voire dégradant soit-il ?
En effet, très loin de faire des émules de sa philosophie du moindre effort, le vieux plombier désœuvré accentue encore son isolement au fil de ses balades sans but à travers les rues romaines. Même son aspect visuel ne semble plus rentrer dans l’ordre établi des choses, puisque souvent cadrés que partiellement, sa tête et tout son corps d’un homme veule paraissent comme perdus dans une topographie urbaine soit foisonnante, soit déserte. Avant même d’accomplir son destin funeste, peut-être dès sa décision lourde de conséquences de rester au lit au lieu d’aller travailler, Cesare embrasse la mort, qui le lui rend d’ailleurs très bien.
Il faut une dose certaine de courage téméraire pour rester fidèle à un propos aussi noir et déprimant, ce qui fut visiblement le cas d’Elio Petri et de son collaborateur à l’écriture Tonino Guerra. Ce qui est sûr, c’est que le cinéma américain n’oserait jamais fouiller avec la même sobriété désillusionnée dans les profondeurs du désarroi de la condition humaine, face à la certitude de la mort.
Vu le 13 mai 2012, au Champo, Salle 2, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10