Yema

Réalisé par Djamila Sahraoui (2013)

Drame
Yema
Durée 93 minutes
Sortie 28/08/2013
Note 6/10

Une mère ramène le corps de son fils aîné à la maison, afin de l’y enterrer. Tarek était un officier de l’armée algérienne, avant qu’il ne se fasse brutalement massacrer par les djihadistes. Le fils cadet de la mère est de ceux-là. Il a envoyé un ancien artificier mutilé, qui est censé surveiller la mère à la petite ferme et l’empêcher de se rendre au village.

La critique

Par Tootpadu 23/08/2013

La terre, la terre, et encore la terre. Le deuxième film de la réalisatrice Djamila Sahraoui entretient un rapport décidément très étroit avec le terroir. Si l’on y ajoute le rôle important que jouent les éléments de l’eau et du vent, voire ponctuellement celui du feu, on pourrait presque considérer Yema comme un poème cinématographique sur les forces naturelles qui se dérobent à l’emprise de l’homme. Sauf que la forme épurée du film n’a rien de poétique, ou en tout cas rien de majestueux, qui viserait à sublimer un cadre brut, où la survie quotidienne est une question de ténacité et non de pittoresque bucolique. Les trois personnages du film préservent tous leur dignité jusqu’à un certain point. De cette base de la nature humaine ne découle pourtant aucune noblesse.

Savoir que la réalisatrice a pensé son film comme une tragédie grecque, et non pas en tant qu’énième commentaire sur une période très sombre de l’Histoire algérienne, peut permettre au spectateur de mieux appréhender un récit qui ne tend point vers une issue sereine. Il existe certes un glissement quasiment imperceptible au niveau de la relation entre la mère et son gardien, de l’hostilité ouverte à une sorte de filiation de substitution. Mais le rapprochement dicté aussi par la nécessité de vivre ensemble et de veiller à ce que la terre produise de quoi nourrir cette communauté minuscule n’apaise nullement la douleur de la mère, privée de gré ou de force de l’amour de sa progéniture. La mise en scène très sobre ne s’emploie heureusement pas à exacerber l’antagonisme entre la mère et son fils parti dans le maquis, ni à voler la pudeur au deuil qui aurait dû se terminer, comme le veut la tradition, au bout de quarante jours. Elle accompagne au contraire le basculement vers une haine ambiguë d’un ton qui laisse une part de mystère aux sentiments contradictoires des personnages, jusqu’à cette conclusion pessimiste, quoique logique dans le contexte d’une histoire éminemment douloureuse.

Djamila Sahraoui est passée pour la première fois devant la caméra pour le rôle de cette mère mi-indigne, mi-meurtrie par la perte de son fils favori. Alors que pareille mise en avant de sa propre personne aurait pu se traduire par un projet fort narcissique, la modestie et le dévouement de la réalisatrice au sort de tous ses personnages – aussi peu nombreux soient-ils – garantit au contraire une simplicité presque désincarnée à ce beau film, sans coup de théâtre superflu.

 

Vu le 22 août 2013, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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