Lunegarde
Réalisé par Marc Allégret (1946)
| Durée | 87 minutes |
| Sortie | 16/01/1946 |
| Note | 5/10 |
L’ingénieur Jean Coste est en route pour le château de Lunegarde, où il doit acquérir un chien pour sa fiancée, quand il vole au secours d’une femme en état d’ivresse, qui s’est écroulée en pleine rue, dans une banlieue près de Marseille. Il la dépose à l’hôpital et continue sur son chemin. Une fois l’achat effectué et le dîner pris chez le comte de Lunegarde, Coste ne peut pourtant pas rentrer, puisque Elisabeth, la fille mystérieuse du châtelain, a immobilisé sa voiture. Obligé de passer la nuit à Lunegarde, le jeune homme est alors séduit par Elisabeth, qui l’implore à retrouver sa mère Armance, disparue il y a longtemps à Ismaïlia en Egypte, la même ville où Coste travaille sur le canal de Suez.
La critique
Par Tootpadu 31/10/2013
La « qualité française » dans toute sa splendeur s’abat sur nous dans ce film tourné pendant l’occupation et sorti après la guerre. En effet, on ne peut pas en vouloir aux jeunes loups de la Nouvelle Vague de s’être insurgé avec véhémence contre le cinéma académique de la génération précédente. Celui-ci avait pourtant rencontré les faveurs du public, sans doute assoiffé d’harmonie et de retournements improbables. Les héritiers piteux de ce genre bassement mélodramatique sont de nos jours les séries à rallonge qui pullulent sur toutes les chaînes avant l’heure du goûter. Car il y a assez de guimauve et de coups tordus dans Lunegarde pour remplir une saison entière d’« Amour, gloire et beauté ». Cependant, ce film arrive trop tôt d’une dizaine d’années pour profiter des acquis formels et narratifs de la grande période de la sublimation kitsch du genre, entreprise par Douglas Sirk au cours de la décennie suivante. Il ne reste donc qu’une histoire passablement fatiguée, qui n’ose pratiquement jamais quitter le droit chemin de la vertu, celui qui menait à l’époque directement vers une existence d’abnégation et de pénitence derrière les murs épais d’un cloître.
La mise en scène routinière de Marc Allégret ne fait aucun effort pour rendre le récit plus vivace. Mais même si elle s’y appliquait davantage, l’histoire en elle-même est si peu originale et présentée d’une façon si tortueuse qu’aucun sursaut formel ne saurait lui conférer plus de panache. Que ce soit le comportement hystérique de tous les membres de la famille Lunegarde, sans exception et pour des raisons diverses, ou l’assistance maladroite du benêt Coste, les enjeux de l’intrigue paraissent si artificiels que même la structure imbriquée du scénario n’y change rien. Les différents retours en arrière permettent ainsi aux seconds rôles de pimenter tant soit peu le ton du film avec leur gouaille. Mais dans l’ensemble, ceci n’est ni plus, ni moins que l’énième production passe-partout d’un cinéma français en panne d’inspiration à une époque, où seuls quelques maîtres de la trempe d’un Marcel Carné savaient lui conférer un attrait poétique, dans la forme et dans le fond.
Vu le 31 octobre 2013, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois