Greenland Migration

Greenland Migration
Titre original:Greenland 2: Migration
Réalisateur:Ric Roman Waugh
Sortie:Cinéma
Durée:98 minutes
Date:14 janvier 2026
Note:
Après l’impact dévastateur d’une comète qui a réduit la Terre en ruines, la famille Garrity doit quitter la sécurité de son bunker au Groenland. Commence alors un périple pour leur survie et l’avenir de l’Humanité à travers un monde dévasté à la recherche d’un nouveau foyer.

Critique de Mulder

Greenland Migration avait, sur le papier, ce petit parfum de suite qui peut surprendr”, parce que le premier Greenland sorti à une époque où notre rapport à l’air, aux masques et à la peur collective était devenu un truc très concret avait réussi un tour de force rare : rendre Gerard Butler presque humai” dans un film catastrophe, en misant moins sur le grand spectacle que sur l’instinct de survie d’une famille ordinaire. Du coup, quand on relance la machine cinq ans après l’impact de la comète Clarke, avec John Garrity et Allison Garrity toujours planqués sous terre avec Nathan Garrity devenu ado (désormais incarné par Roman Griffin Davis), on s’’attendait à un vrai virage : un monde à reconstruire, une société de bunker qui craque, des choix impossibles, et surtout un film qui ose regarder la poussière retomber. Et au début du film, cela fonctionne plutôt bien : cette vie en sous-sol, ces rituels de normalité forcée (école, yoga, petites soirées), cette claustrophobie qui nous colle au ventre, et ces sorties à la surface où chaque respiration semble être une négociation avec la mort… il y a là une ambiance, une matière, un truc presque sensoriel que Ric Roman Waugh sait filmer quand il n’est pas en train de courir après le set piece suivant. Le problème, c’est que Greenland Migration ne croit pas assez à sa propre situation de départ : il installe une idée intéressante et au lieu de creuser ça, il déclenche l’inévitable bouton road trip post-apo pour repartir dans une structure beaucoup plus attendue.

Parce qu’une fois le bunker détruit (tremblements de terre, chaos, fuite), le film se transforme en migration au sens littéral, direction ce fameux cratère dans le sud de la France, présenté comme un Eden possible, un pocket de vie protégé de l’atmosphère toxique. Et là, sur le concept, on est plutôt partant : une odyssée européenne dans un monde ravagé, c’est excitant, c’est une échelle qu’on voit rarement dans ces productions-là, et certaines images ont franchement de la gueule. Liverpool inondée, ces rues silencieuses où l’eau avale la ville comme un souvenir, Londres barricadée, les paysages qui ressemblent à une carte postale brûlée… Par moments, on retrouve cette sensation que l’on adore raconter : le décor nous parle plus fort que les dialogues. On regarde un plan et on imagines ce qu’il y avait avant, on remplit les trous, on ressens le manque. Sauf que le film, lui, ne nous laisse pas respirer assez longtemps pour que ça s’imprime : dès qu’il y a un moment de calme, hop, une scène d’action se pointe, comme si le scénario avait peur que les spectateurs s’ennuient si quelqu’un se tait plus de vingt secondes. Et le pire, c’est que ces séquences à enjeu ne sont pas toutes à la hauteur : la traversée du Channel asséché, avec ses échelles branlantes et ses ponts qui ont l’air de tenir par la foi, devrait nous scotcher au siège… mais souvent, on vois la couture, on vois la mécanique, on sent le budget et la mise en scène qui font le job sans faire naître la panique.

Et c’est là que le film commence à nous perdre : il se prend très au sérieux, mais pas forcément au bon endroit. Il veut de l’émotion, il veut de la gravité, il veut nous faire sentir que chaque pas est un deuil… sauf qu’il expédie des personnages secondaires à la chaîne, puis nous demande de pleurer derrière, comme si le simple fait de mourir dans un film”suffisait à créer une tragédie. Résultat : ça alterne entre brutalité sèche et mélodrame appuyé, sans que l’un nourrisse vraiment l’autre. Gerard Butler reste une présence solide, ce papa fatigué qui avance parce qu’il n’a pas le luxe de s’effondrer, mais le film l’enferme souvent dans un mode noblesse sacrificielle un peu monotone, et il dégaine un ressort dramatique tellement visible qu’on en rigolerait presque si l’ambiance n’était pas si plombée : la fameuse toux. La toux de cinéma, celle qui arrive avec son panneau lumineux attention, drame à veni”. À l’inverse, Morena Baccarin s’en sort mieux parce qu’elle incarne quelque chose de plus concret : la peur, la compassion, la fatigue morale, et même une forme de politique du quotidien (accueillir des migrants, partager les ressources). Quant à Roman Griffin Davis, il a du potentiel et une intelligence de jeu évidente, mais le scénario ne lui donne pas grand-chose : on tease une adolescence, des émotions, un regard vers l’avenir puis on abandonne ça au bord de la route, comme si la priorité restait uniquement d’atteindre le prochain point sur la carte.

Ce qui est frustrant, au final, c’est que Greenland Migration semble vouloir parler du monde réel (la peur de l’air, les migrations, la reconstruction, le poids du trauma collectif) mais il se dégonfle dès qu’il pourrait devenir vraiment inconfortable ou pertinent. Les masques et les combinaisons, au début, ramènent immédiatement à cette mémoire récente qu’on a tous dans le corps puis ça disparaît dès que le film décide qu’on doit voir les visages, et avec ça, il perd une partie de sa tension invisible. Les dangers humains (milices, factions, brutes armées) sont souvent génériques, et la route ressemble parfois à une suite d’obstacles posés pour faire un film d’aventure plutôt qu’à une traversée organique d’un monde réellement effondré. Et surtout, il y a cette espèce de naïveté tout au long du récit : beaucoup de rencontres sont gentilles, la solidarité est là quand le scénario en a besoin, et l’enfer annoncé ressemble trop souvent à une randonnée scénarisée vers un paradis que le film télégraphie de loin. On aime l’optimisme quand il est gagné, quand il coûte, quand on le sent dans la chai ; Ici, on a trop souvent eu l’impression qu’on nous demande d’y croire parce que le film le décrète, pas parce qu’il nous l’a fait ressentir.

Greenland Migration (Greenland 2: Migration)
Directed by Ric Roman Waugh
Written by Mitchell LaFortune, Chris Sparling
Based on Characters by Chris Sparling
Produced by Basil Iwanyk, Erica Lee, Sébastien Raybaud, John Zois, Gerard Butler, Alan Siegel, Ric Roman Waugh, Brendon Boyea
Starring  Gerard Butler, Morena Baccarin, Roman Griffin Davis
Cinematography : Martin Ahlgren
Edited by Colby Parker Jr.
Music by David Buckley
Production companies : STXfilms, Anton, Thunder Road, G-BASE Film Production
Distributed by Lionsgate (United States), Metropolitan FilmExport (France)
Release dates : January 9, 2026 (United States), January 14, 2026 (France)
Running time : 98 minutes

Vu le 14 janvier 2026 au Gaumont Disney Village, Salle 4 place A18

Note de Mulder: