Stalag 17
Réalisé par Billy Wilder (1953)
| Durée | 121 minutes |
| Sortie | 27/11/1953 |
| Note | 5/10 |
Au Stalag 17, un camp de prisonniers près du Danube, des centaines de sergents de l’aviation américaine sont condamnés à l’oisiveté. Quand la dernière tentative d’évasion de deux de leurs camarades dépasse à peine les barbelés, les soldats du baraquement 4 commencent à croire qu’il existe un traître parmi eux, qui révélerait tous leurs secrets au commandant von Scherbach. Ils soupçonnent en premier le sergent Sefton, le seul à tirer son épingle du jeu de la pénurie, grâce à son trafic de cigarettes et autres objets convoités par les prisonniers. Pour prouver son innocence, Sefton devra lui-même trouver l’indicateur.
La critique
Par Tootpadu 29/10/2013
Que peut-on bien faire dans un camp de prisonniers de guerre, à part prendre le risque de s’évader ou tourner en rond en attendant un hypothétique armistice ? C’est peut-être à cause de ce champ de manœuvre réduit que le cinéma ne s’aventure que rarement derrière les barbelés. Alors qu’on meurt tragiquement sur le champ de bataille ou dans les camps d’internement, à peu près le seul enjeu pour les soldats captifs est de garder l’espoir intact de sortir tôt ou tard de cet état de suspension, loin derrière les lignes du front. Pour contrer cette léthargie des idées et des actions, des réalisateurs majeurs comme Jean Renoir, dans La Grande illusion, et David Lean, dans Le Pont de la rivière Kwaï, ont su redonner une certaine noblesse à ses hommes abattus, tandis que l’une des dernières incursions dans le genre, Mission évasion de Gregory Hoblit, était infiniment plus plate et conventionnelle. Billy Wilder appartient bien sûr à la catégorie des cinéastes incontournables. D’où notre léger étonnement de le voir si mal à l’aise avec cette adaptation bancale d’une pièce de théâtre, qui ne sait pas trop sur quel pied danser.
L’humour grinçant, qui fonctionnait si bien dans les meilleures satires de Wilder, est quelque peu muselé ici, comme si le contexte du camp imposait un minimum de sérieux, surtout au début des années 1950, lorsque le souvenir de la guerre devait encore être très frais dans les têtes des spectateurs. Le ton de Stalag 17 alterne du coup sans discontinuer entre celui d’une farce inoffensive, personnifiée avant tout par le duo de personnages assez lourd que forment Shapiro et Animal, et la recherche du traître, qui se résout sans trop de suspense au bout de quatre-vingts minutes. Cette ambiguïté des intentions scénaristiques rend alors le quotidien des prisonniers presque plaisant, avec le cycle routinier des différents appels et corvées, qui sont chacun affublés d’au moins un clin d’œil comique, censé relativiser la gravité de la situation.
Il faudra regarder de plus près pour trouver dans ce récit longuet un commentaire beaucoup moins complaisant sur la société américaine. Même loin de chez eux, les recrues de l’Oncle Sam se répartissent en effet en trois groupes bien distincts : la majorité silencieuse est suffisamment nombriliste pour ne pas faire de vague et suivre stoïquement les différentes décisions, tant qu’on la laisse tranquille dans ses chimères de fanatisme pour une actrice ou pour les femmes russes, également prises au piège allemand, si proches et pourtant hors d’atteinte ; l’opposition entre les deux factions restantes est déjà plus intéressante, puisque nous trouvons d’un côté l’Amérique aussi vertueuse qu’ennuyeuse par le biais du comité de direction, et de l’autre, c’est-à-dire sous les traits de l’individualiste Sefton, un état d’esprit opportuniste et sans scrupule qui profite un maximum des circonstances, quitte à s’attirer les foudres des décideurs bien pensants. Hélas, la force subversive de ce triangle révélateur des utopies typiquement américaines reste à l’état embryonnaire, en raison du ton trop indécis de l’ensemble.
Vu le 29 octobre 2013, au Reflet Médicis, Salle 3, en VO