We are what we are
Réalisé par Jim Mickle (2014)
| Durée | 105 minutes |
| Sortie | 03/09/2014 |
| Note | 6/10 |
Alors que la famille Parker vient de commencer les trois jours de jeûne d’une tradition ancestrale, la mère meurt subitement. Inconsolable, le père Franck se retire encore plus que d’habitude de la vie en communauté, laissant à ses deux enfants aînés, Iris et Rose, le soin des préparatifs de la cérémonie ancienne du sacrifice de l’agneau. Le médecin local Doc Barrow remarque quelques éléments suspects lors de l’autopsie de la défunte. Il ne s’en étonne pas outre mesure, jusqu’à ce qu’il trouve un os curieux dans la rivière, en crue suite à une tempête violente. Le fait qu’une fille adolescente a disparu dans des circonstances mystérieuses, tout comme l’avait fait sa propre fille, incite le vieux médecin à enquêter à son compte sur les Parker.
La critique
Par Tootpadu 06/09/2013
Un film d’horreur au festival de Deauville, et en plus le remake américain d’un film mexicain que nous avions découvert il y a deux ans à Gérardmer, Ne nous jugez pas de Jorge Michel Grau ! Pas étonnant que le troisième film de Jim Mickle ait reçu un accueil si houleux – quoique pas entièrement négatif – de la part d’un public majoritairement âgé et bourgeois, guère préparé à l’orgie sanglante avec laquelle se termine We are what we are. Les points de comparaison avec l’original sont pourtant peu nombreux, puisque ce film-ci sait très tôt établir son propre ton, forcément malsain. Quelque chose cloche dans cette petite ville rurale, et nous ne parlons point des trombes d’eau qui s’abattent sur la région. La mort y rôde sous des formes plus ou moins inquiétantes, en se focalisant sur le foyer des Parker, une famille qui mériterait a priori toute notre compassion, suite à la disparition foudroyante de la mère avec laquelle s’ouvre l’histoire.
Des forces maléfiques y sont à l’œuvre, dans un étrange rapport de soumission et de dépendance entre le père et ses trois enfants. Tandis que le plus jeune d’entre eux conçoit la différence de leurs traditions comme un conte monstrueux, les deux filles sont les seules à oser rêver à une vie à l’extérieur de ce cercle vicieux. Quant au père, il représente d’une manière un brin trop caricaturale le fanatisme religieux typiquement américain, si convaincu du bien-fondé spirituel de ses convictions qu’il ne doute jamais de la moralité de ses actes. Toutefois, ce film fascinant n’existe pas pour interroger un sectarisme galopant qui risque d’écarteler tôt ou tard la société américaine. Son enjeu principal est au contraire d’effrayer durablement le spectateur, par une alternance habile de frissons et de moments dégoûtants.
Pari gagné, précisément parce que la mise en scène suggère plus qu’elle ne montre. La réaction étonnamment violente du public – avec un équilibre parfait entre sifflements et applaudissements – nous paraît plutôt compréhensible parce que ce n’est qu’à la toute fin du film que le cannibalisme montre réellement son vilain visage. Auparavant, tout n’est qu’indication approximative et violence aveugle pour préserver un terrible secret, qui garantit en même temps la cohésion du tissu familial. Grâce au dilemme permanent des deux filles, les véritables personnages principaux du film, et des décisions impossibles à prendre qui en découlent, cette version américaine s’avère pour une fois plus nuancée et crédible que l’original étranger.
Vu le 6 septembre 2013, au C.I.D, Deauville, en VO