Travaux occasionnels d'une esclave
Réalisé par Alexander Kluge (1975)
| Durée | 91 minutes |
| Sortie | 30/04/1975 |
| Note | 6/10 |
Six mois dans la vie de la famille Bronski. Mécontent de son poste à l’université en tant que chercheur en chimie, le père Franz souhaite se reconvertir. Il voit par conséquent d’un mauvais œil l’activité de sa femme Roswitha, qui gère une clinique d’avortement avec sa meilleure amie Sylvia. Ce travail clandestin est censé lui apporter suffisamment d’argent pour avoir plus d’enfants, alors que son mari est déjà débordé quand il doit s’occuper seul de sa progéniture. En raison de problèmes avec la concurrence, Roswitha décide de fermer son établissement et de s’engager socialement, en dehors de sa famille.
La critique
Par Tootpadu 25/05/2013
Si nous étions optimistes, nous aurions pu entrevoir une légère amélioration des conditions de vie et de résistance trente ans après la production du film de Alexander Kluge. Hélas, il n’en est rien. Les mises en garde chuchotées à l’état embryonnaire ici, comme la soumission aux médias qui prennent la priorité sur la convivialité familiale ou l’impuissance de l’individu face aux tendances économiques majeures, telle la délocalisation, à l’époque au Portugal et de nos jours à l’Est plus ou moins lointain, elles sont désormais devenues assourdissantes, bien qu’il soit d’ores et déjà trop tard pour cultiver l’espoir de pouvoir encore faire marche arrière. Le fanatisme avec lequel Roswitha s’attelle à chaque nouvelle cause, sans se rendre compte que toute son agitation produit dans le meilleur des cas l’effet inverse de ce qu’elle avait escompté accomplir, est dans ce contexte symptomatique de l’état d’esprit des rares activistes à l’œuvre aujourd’hui, qui se recyclent à la même vitesse que les sujets qui fâchaient autrefois passent de mode.
Un sujet qui soulève toujours une discussion enflammée est bien évidemment l’avortement. Même si son traitement quasiment clinique, avec ces deux interruptions de grossesse explicitement montrées à l’image, lui a sans doute valu une interdiction aux jeunes spectateurs en France et une polémique fiévreuse partout ailleurs, le film n’en fait pas du tout son seul et unique fer de lance. Au contraire, le personnage principal est assez pragmatique dans son changement de préoccupation, alors que la fermeture de sa clinique illégale est le point de départ irrévocable d’une insécurité de convictions qui risque presque de le mener à sa perte. Heureusement, la mise en scène garde une distance salutaire par rapport à la nervosité et l’indignation superficielle de cette mère de famille pas assez téméraire pour basculer dans une forme de vie réellement contestataire. Ce sont avant tout les relents de la ringardise qui freinent Roswitha dans son élan. Une insuffisance cruciale que certains dispositifs directement empruntés du vocabulaire filmique de la Nouvelle Vague ne manquent pas de commenter malicieusement. La critique sociale de Alexander Kluge a cependant opté pour une forme plus légère que celle des pamphlets alambiqués que Jean-Luc Godard, par exemple, affectionnait pendant cette décennie-là.
Vu le 25 mai 2013, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO