Ballade de l'impossible (La)

Réalisé par Tran Anh Hung (2011)

Drame
Ballade de l'impossible (La)
Durée 134 minutes
Sortie 04/05/2011
Note 6/10

En 1967, alors que Watanabe s’apprête à entrer à l’université de Tokyo, son ami d’enfance Kizuki se suicide. Traumatisé par cet événement, Watanabe se plonge dans ses études, jusqu’au jour où il croise par hasard Naoko, l’ancienne petite amie du défunt. Réunis dans leur deuil, les deux amis de Kizuki se fréquentent régulièrement sans évoquer pour autant leurs souvenirs communs d’une façon explicite. Le soir du vingtième anniversaire de Naoko, Watanabe franchit le pas et couche avec la jeune femme. C’est le début d’une romance tortueuse, au fil de laquelle Naoko cherche à plusieurs reprises à se dérober aux avances de son nouveau prétendant.

La critique

Par Tootpadu 21/04/2011

Dix ans sans un nouveau film de Tran Anh Hung, c’est trop ! Le réalisateur d’origine vietnamienne a beau avoir tourné entre-temps un film jusqu’à présent inédit en France (Je viens avec la pluie), le rythme presque malickien auquel il nous convie à ses festins pour les yeux avance avec une lenteur proprement frustrante, d’autant plus que A la verticale de l’été – son avant-dernier film donc – constituait le couronnement enthousiasmant de sa démarche, à la fois d’un point de vue visuel et narratif. Quel soulagement alors de constater que Tran Anh Hung n’a guère perdu de sa superbe après une si longue absence des plateaux et en s’exilant près de sa terre natale, au Japon.
L’effet de dépaysement d’une région asiatique à l’autre est en fait négligeable, au détail de la langue près, qui échange les sons très doux du vietnamien contre la phonétique moins soyeuse du japonais. Quant au reste, la mise en scène nous plonge d’emblée dans une multitude de plans enivrants, dont la beauté époustouflante, ainsi que les motifs récurrents comme l’eau et la couleur verte, nous rappellent sans équivoque la qualité supérieure de l’œil cinématographique de Tran Anh Hung. Il émane de ces plans soigneusement élaborés une telle sensualité et une telle exaltation esthétique, qu’on en oublierait presque le fond scénaristique qu’ils sont censés soutenir.
C’est hélas de ce côté-là que le bât blesse, pas d’une manière préjudiciable, mais néanmoins assez pour faire ressembler la structure narrative de La Ballade de l’impossible à celle tout aussi tortueuse de Cyclo. A partir d’une thématique déjà plutôt glauque, parsemée de suicides et d’autres actes du désespoir, l’histoire a en effet tendance à perdre le fil conducteur, qui correspondrait à la précision, voire la perfection, de l’aspect visuel du film. Le décalage entre l’éparpillement de la voix et la beauté du regard s’accentue ainsi tout au long d’un récit, qui pousse peut-être la complexité de la souffrance au sein du triangle amoureux un peu trop loin.
La joie de nos retrouvailles avec le cinéma selon Tran Anh Hung se trouve par conséquent quelque peu modérée, bien que ce réalisateur compte toujours parmi un nombre très réduit de cinéastes capables de nous passionner au plus haut point rien qu’à partir de leurs compositions visuelles, simultanément majestueuses et modernes.

Vu le 14 avril 2011, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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