Happy Sweden

Réalisé par Ruben Östlund (2009)

Drame social
Happy Sweden
Durée 102 minutes
Sortie 29/04/2009
Note 4/10

Une fête d'anniversaire avec un pétard défectueux. Une actrice qui prend un car, qui est immobilisé suite à un acte de vandalisme. Deux filles adolescentes qui prennent des poses lascives devant leur appareil photo. Une jeune prof qui est le témoin de la réprimande physique d'un collègue plus âgé envers un élève agité. Un groupe d'amis qui partent ensemble à la campagne et s'y adonnent à des jeux trop virils pour certains.

La critique

Par Tootpadu 02/04/2009

On se croirait chez Roy Andersson, la poésie filmique en moins, dans ce film suédois sinistre. Le conte moralisateur et pessimiste de Ruben Östlund suit en effet cinq cas d'école sur la pression qu'exerce le groupe sur l'individu. Tous les personnages centraux n'y cherchent qu'à pas faire de vagues, à se fondre dans la masse et à faire ce que l'on attend d'eux, quitte à se faire abuser ou à continuer à faire la fête en étant borgne. La peur d'être exclu du cercle de ses collègues, voire du groupe de voyageurs anonymes, ainsi que l'obligation de correspondre à ce que l'on est censé représenter, poussent à des comportements de lâche, moralement au moins aussi ignobles que les actes qui ont provoqué les situations embarrassantes.
Le portrait au vitriol de l'humanité dans lequel le réalisateur se complaît n'est sans doute pas très loin de la réalité. Mais de là à en faire un film déprimant, qui le juge nécessaire de nous rappeler avec insistance que l'homme est un être médiocre et même minable, lorsqu'il s'agit d'affronter l'opinion publique, c'est un exercice en vanité et en complaisance mesquine, qui ne nous enchante point. Bien que le titre français serve encore à exacerber le décalage entre le malaise social omniprésent et l'image édulcorée qui est parfois colportée de la Suède, Happy Sweden ne franchit jamais le pas de la tragédie, qui dynamiserait le récit morcelé. Tout est d'une telle banalité, avec ces égarements qui paraissent tout droit sortis d'un questionnaire d'évaluation psychologique, que le destin des personnages ne nous inspire que de l'indifférence, mêlée au dégoût face à tant de veulerie morale et formelle.
Ruben Östlund privilégie en fait un découpage extrêmement rudimentaire. Quelques très rares enchaînements mis à part, son film n'est constitué que de plans fixes et longs, qui sont entrecoupés d'écrans noirs avant de passer à l'histoire suivante. Si le cadrage laisse deviner un talent visuel relatif et une volonté de filmer d'un point de vue observateur apparemment choisi au hasard, le rythme du film est d'une mollesse, qui n'est dépassée en fadeur et en prévisibilité que par son constat social accablant.

Vu le 2 avril 2009, au Club Marbeuf, en VO

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

Retour à la liste des Critiques