Alps
Réalisé par Yorgos Lanthimos (2013)
| Durée | 93 minutes |
| Sortie | 27/03/2013 |
| Note | 5/10 |
La société secrète Alps propose d’étranges services. Ses quatre membres jouent des personnes récemment disparues, afin de permettre à leurs proches de faire plus facilement leur deuil. Mont Blanc, un ambulancier et chef du groupe, a déjà repéré leur prochaine proie : une joueuse de tennis adolescente, grièvement blessée suite à un accident de voiture. Son infirmière, qui appartient également à Alps, préfère cependant garder l’état de santé de la patiente pour elle, afin de pouvoir bientôt prendre sa place auprès de ses parents. En même temps, le reste du groupe, une gymnaste et son entraîneur, est en désaccord sur la direction que l’entraînement devra prendre : musique classique ou pop ?
La critique
Par Tootpadu 13/03/2013
Même s’il n’avait pas mis près de deux ans avant de sortir sur les écrans français depuis sa première au festival de Venise en 2011, ce film n’aurait pas davantage été en phase avec la morosité actuelle de la société grecque. La misère y est bien présente, mais elle se manifeste exclusivement dans le malaise existentiel personnel, plus distinct chez les personnages féminins qu’auprès de leurs pendants masculins. Ce sont elles qui subissent et agissent, elles qui souffrent et se réjouissent, dans le cas de la dame aveugle, d’une situation qui tourne invariablement à leur désavantage. Cette situation de faiblesse apparente, la mise en scène ne s’y intéresse que superficiellement, comme lors de l’épreuve aberrante de la massue qui change évidemment de couleur quand on fracasse une tête avec. Rien de concret, ni de palpitant n’est hélas tiré de cette soumission volontaire, qui borde à la névrose dès que les deux femmes sont jugées inaptes à l’appartenance au groupe sectaire.
Le désarroi psychologique qui résulte de la démarche morbide de remplacer de façon approximative les morts, la mise en scène réussit au moins à le traduire en un vocabulaire cinématographique dépouillé. L’esthétique du film n’a strictement rien de beau. Mais le vide des cadres aux couleurs mornes exprime avec une froideur parfois épatante cet état de perte identitaire dans lequel l’infirmière et, dans une moindre mesure, la gymnaste s’engouffrent. Dommage alors que cette pureté formelle est régulièrement minée par l’absurdité marquée du ton.
Vu le 12 mars 2013, au Club Marbeuf, en VO