Du plomb dans la tête

Réalisé par Walter Hill (2013)

Action
Du plomb dans la tête
Durée 92 minutes
Sortie 27/02/2013
Note 6/10

Jimmy Bobo est un tueur à gages implacable. Depuis des années, il fait équipe avec le jeune Louis Blanchard à Crescent City. Leur prochain contrat vise Hank Greely, un ancien policier mêlé à une affaire d’immobilier. Alors qu’ils arrivent assez facilement à l’éliminer, Jimmy laisse la vie sauve à un témoin oculaire, une prostituée cachée sous la douche. Lors du rendez-vous pour se faire payer dans un bar, Louis est assassiné par Keegan, l’homme de main de l’avocat Marcus Baptiste. Le lendemain, l’inspecteur Taylor Kwan arrive de Washington pour enquêter sur Greely. Face aux cadavres de celui-ci et de Louis à la morgue, il établit un lien entre les crimes et cherche alors à contacter Jimmy. Mais le tueur de la vieille école n’a nullement envie d’aider ce flic aux méthodes plus modernes.

La critique

Par Tootpadu 05/03/2013

Le réalisateur Walter Hill et l’acteur Sylvester Stallone ont tous les deux eu une place au soleil hollywoodien dans les années 1980. Cette époque glorieuse est désormais loin derrière eux, puisque le premier n’a pas tourné de film depuis une décennie et que, sur la même période, le deuxième fait subsister son image du héros vieillissant à coups de resucées de ses succès d’antan (Rocky et Rambo), voire en imaginant un univers peuplé exclusivement de musclors sur le déclin (Expendables). Rien d’étonnant alors à ce que leur réunion dans un environnement culturel et économique qui n’a plus rien à voir avec le manichéisme sommaire de la Guerre froide lorgne dangereusement vers les codes démodés grâce auxquels ils avaient autrefois fait fortune. L’air de nostalgie qui souffle sur Du plomb dans la tête est néanmoins léger, surtout parce que la mise en scène et le scénario vont droit au but d’une action sans fioriture.
Une brutalité viscérale et une efficacité sobre animent ainsi le récit de ce film de genre très honnête. Ce dernier ne contribuera point à ranimer les carrières chancelantes de ses participants, parmi lesquels on pourrait aussi citer Christian Slater. Il sait nous rappeler toutefois, sans trop de mélancolie affectée, à quel point le cinéma de la décennie à cheval entre notre enfance et notre adolescence jouissait encore d’une naïveté malpropre, à des années-lumière des chapes de plomb du politiquement correct et de la mise en abîme inhérente au second degré qui compliquent le moindre énoncé fictif de nos jours. Ici, les vieux clichés sur les asiatiques ont le droit de vivre une seconde jeunesse – alors qu’il aurait été préférable de mettre en valeur le fait hélas encore trop rare d’un personnage principal d’origine orientale. Et le pépé Stallone est régulièrement la cible de propos plutôt malveillants à l’égard de son âge, contre lesquels il se défend avec la même aisance verbale qu’on lui connaît depuis des lustres …
Même les quelques incohérences du scénario tout à fait conventionnel ne représentent aucune surprise dans le cadre d’un film, qui se veut justement fidèle à un état d’esprit un peu vieillot, remis au goût du jour par une violence sans ménagement. Or, c’est précisément cette ambition mesurée de faire un film d’action à l’ancienne, dépourvu de sous-entendus ou de clins d’œil exagérément sophistiqués, qui a fini par nous séduire. L’heure n’est plus à ces divertissements abêtissants, quoique exécutés avec un certain savoir-faire filmique. De temps en temps, cela fait par conséquent du bien de se rappeler qu’il existait autrefois un terrain du milieu populaire – donc accessible à tous les spectateurs et apprécié par la plupart d’entre eux – entre les deux extrêmes des films d’art et essai d’un côté et des machines à fric sans aucune qualité cinématographique de l’autre.

Vu le 4 mars 2013, au MK2 Bibliothèque, Salle 10, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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