Mon père va me tuer

Réalisé par Daniele Cipri (2013)

Satire
Mon père va me tuer
Durée 93 minutes
Sortie 02/01/2013
Note 6/10

Busu est au bureau de poste afin d’y payer des factures. En attendant, il raconte des histoires aux autres clients, dont celle de la famille Ciraulo : dans un quartier pauvre de Palerme dans les années 1970, le père subvient tant bien que mal aux besoins des siens avec des petits travaux de manutention. Il a perdu tout espoir que son fils aîné Tancredi sera un jour aussi débrouillard que son cousin Masino. Seule sa fille cadette Serenella lui apporte un peu de réconfort. Mais quand celle-ci meurt sous les balles perdues de la mafia, son père est inconsolable. Jusqu’à ce qu’il apprenne qu’une loi prévoit l’indemnisation généreuse des familles tombées victimes du crime organisé.

La critique

Par Tootpadu 27/11/2012

Désormais seul aux commandes, après avoir réalisé ses premiers films en tandem avec Franco Maresco, Daniele Cipri a su garder un goût prononcé pour l’absurde. Bien que le sort de cette famille typiquement sicilienne lorgne plus vers la tragédie grecque que vers la comédie à l’italienne, il y a toujours quelque chose d’extravagant qui lui arrive pour nous inciter à sourire malicieusement au lieu de verser des larmes amères. Les clichés à forte valeur caricaturale n’y manquent point, mais en s’attaquant à la famille, c’est-à-dire à une institution plus universelle que les mythes du christianisme dans Toto qui vécut deux fois, Mon père va me tuer reste accessible même dans ses moments les plus grandiloquents.
Le récit cadre contemporain de l’homme solitaire, qui raconte des histoires en attendant qu’on appelle son numéro, peut à première vue paraître tel un corps étranger au sein d’un rythme narratif qui n’est pas à un excès près. Et pourtant, il remplit convenablement deux fonctions essentielles au déroulement organique de l’intrigue. D’abord, en fournissant un espace de retrait et de calme, voire d’ennui, face à l’exubérance mélodramatique d’une famille aux mœurs guère plus raffinées que celles des habitants des bas-fonds dans Affreux, sales et méchants de Ettore Scola. Et puis afin d’inscrire l’histoire dans la grande tradition des contes populaires, elle aussi entièrement à l’honneur d’une culture italienne, qui est infiniment plus variée qu’un simple fournisseur de pizzas et d’opéras.
Enfin, le sens visuel de la mise en scène est une fois de plus impressionnant, notamment lors de ce plan magnifique récurrent du retour à la maison après une longue journée de travail, ou d’attente inutile, où les personnages avancent seuls vers les immeubles à l’esthétique froide et fonctionnelle de la cité. En effet, Daniele Cipri sait parfaitement maîtriser la surcharge des dispositifs formels qu’il emploie, comme le ralenti lors du jeu des fausses bombes qui culmine dans le premier événement majeur du film, tout en lui préservant un côté d’enchantement, moqueur et gentiment subversif.

Vu le 26 novembre 2012, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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