Toto qui vécut deux fois

Réalisé par Daniele Cipri, Franco Maresco (2009)

Interdit aux moins de 12 ans, Drame iconoclaste
Toto qui vécut deux fois
Durée 93 minutes
Sortie 10/06/2009
Note 5/10

Paletta, un obsédé sexuel et simple d'esprit, n'a pas l'argent nécessaire pour rendre visite à la prostituée Troiscylindrées, de passage dans son village sicilien. Le vieux Fefè aimerait bien veiller le corps de son amant défunt, mais il craint les représailles de son beau-frère. Le vieux messie Toto en a marre d'être sollicité pour toutes sortes de miracles.

La critique

Par Tootpadu 30/05/2009

Le cinéma italien peut se targuer d'une longue tradition de contestataires, qui ont su mettre en question, parfois avec vulgarité mais toujours avec culot, les fondements de leur société. Peut-être cet élan de rébellion est-il dû à l'influence plombante de l'église catholique, de la mafia et d'une classe politique véreuse, qui est le plus souvent de mèche avec un des deux premiers groupes d'intérêt. Il n'empêche que des réalisateurs ténébreux comme Pier Paolo Pasolini et Marco Ferreri ont fait de la provocation leur cheval de bataille dans les années 1960 et '70 relativement progressistes. Depuis, il manquait un digne héritier à ce cinéma fécal, dont la course à l'image choquante est devenue la principale raison d'être.
Les réalisateurs Daniele Cipri et Franco Maresco ont tant soit peu repris le flambeau. Dans leur deuxième film, présenté au festival de Berlin en 1998, avant d'être interdit par la censure italienne, ils créent un triptyque absurde et passablement amusant, autour de figures et d'icônes de la religion chrétienne. Toutefois, le tissu épais de références au Christ est principalement un prétexte pour s'adonner à d'autres idoles, notamment celle du sexe ou plus précisément de la branlette. Il faut en effet être privé d'un sens ironique pour voir dans le jeu plus ou moins ingénieux d'associations incongrues de la part des réalisateurs autre chose que de la provocation facile et en fin de compte assez vaine.
Chaque partie du film répond à sa propre logique, mais il n'y en a pas une qui nous aurait complètement subjugués. Alors que la masturbation constante de Paletta finit par lasser, l'image que la romance entre Fefè et Pitrinu donne de l'homosexualité n'est nullement valorisante. De même, la mauvaise foi du messie est sans doute l'élément le plus subtilement comique du film. Mais là encore, le recours systématique aux références chrétiennes alourdit sensiblement le récit.
En somme, le cinéma de Cipri & Maresco est certes en marge des conventions ennuyeuses des productions commerciales. Mais pour fonder réellement un cinéma de la contre-culture et des normes sociales déviantes, il faudrait plus que des blagues vulgaires et des rôles féminins interprétés par des hommes.

Vu le 28 mai 2009, au Club Publicis, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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