Chef d'orchestre (Le)

Réalisé par Pavel Lounguine (2011)

Drame
Chef d'orchestre (Le)
Durée 90 minutes
Sortie 30/11/2011
Note 6/10

Le célèbre chef d’orchestre russe Vyacheslav Petrov doit se rendre à Jérusalem, afin d’y diriger l’oratoire « La Passion selon St Matthieu ». Après avoir reçu un fax en pleine nuit, il rate la dernière répétition et s’envole précipitamment avec les solistes vers l’Israël. Une fois arrivé sur place, cet artiste d’exception, qui est en même temps un homme sévère craint par tous, doit faire face à une partie de son passé familial qu’il aurait préféré oublier.

La critique

Par Tootpadu 15/11/2012

Présenté en ouverture de la 10ème Semaine du Cinéma Russe à Paris, qui se déroulera pendant la semaine à venir au cinéma l’Arlequin, le nouveau film du réalisateur Pavel Lounguine cherche à contenir à lui seul toute la gravité de l’âme russe. Il y parvient partiellement, grâce au sens visuel toujours aussi aigu du réalisateur et au ton majestueux de la musique du Métropolite Hilarion. L’envergure épique, digne d’un opéra lourd de sens, devient apparente dès les premiers plans du Chef d’orchestre, qui alternent entre les paysages intemporels de la Terre Sainte et un réveil au présage d’ores et déjà funeste. Le vieil homme qui se lève difficilement, pour être terrassé par le message reçu dont nous n’apprenons le contenu que bien plus tard, ce personnage qui sera ensuite investi d’une valeur patriarcale par le biais de sa profession qu’il remplit avec intransigeance, il s’inscrit parfaitement dans la lignée des figures crépusculaires, à la fois dignes et ténébreuses, que l’on associe avec la culture russe en général, et la filmographie de Pavel Lounguine en particulier.
C’est donc sans surprise que le protagoniste aux traits d’un tsar sur le déclin porte l’essentiel du film sur ses épaules. Notamment grâce à l’interprétation magistrale de Vladas Bagdonas, ce rôle se démarque par un acte d’équilibriste particulièrement prodigieux, entre la dureté de l’ambition et la prise de conscience que toute cette discipline draconienne n’aura servi à rien. Derrière la carapace imposante d’un homme qui ne fait de cadeau à personne, le récit nous dévoile un individu fragile et aigri par une vie privée à l’opposée de sa consécration professionnelle. Le voyage en Israël représente pour lui une confrontation sous forme de catharsis non pas à la pureté funèbre de la musique, mais au contraire à un style de vie pour lequel il n’éprouve que du dédain, depuis sa tour d’ivoire de musicien célèbre.
Malheureusement, cette tragédie centrale, qui s’apparente aux classiques grecs, est affublé de quelques histoires secondaires pas aussi pleinement maîtrisées. Alors que le soliste en perte de vitesse, qui cherche à plaire à tout prix au chef d’orchestre, souligne la rigueur de ce dernier, le couple miné par la propension à l’adultère de l’homme et la croyance fanatique de la femme détourne davantage l’attention du cœur du sujet. Pire encore, en incluant soudainement la thématique proprement israélienne des attentats à la bombe, la narration tente en vain d’inclure un trait de barbarie dans les quêtes légèrement plus éthérées qui avaient prévalu auparavant. Tandis que pareille entreprise hasardeuse était couronné de succès dans Un film parlé de Manoel De Oliveira, elle tombe misérablement à plat ici.

Vu le 14 novembre 2012, à l’Arlequin, Salle 1, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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