Santiago 73 Post mortem

Réalisé par Pablo Larrain (2011)

Drame
Santiago 73 Post mortem
Durée 98 minutes
Sortie 16/02/2011
Note 5/10

En septembre 1973, Mario Cornejo travaille à l’institut médico-légal de Santiago du Chili, où il retranscrit les rapports d’autopsie. Ce célibataire solitaire ne s’intéresse ni à la politique, ni à l’enthousiasme socialiste qui a envahi le peuple chilien depuis l’élection présidentielle de Salvador Allende. Il préfère porter toute son attention sur Nancy Puelmas, sa voisine d’en face, qui travaille dans un cabaret. Quand la situation se dégrade et les cadavres s’entassent à l’institut, Mario aide Nancy à se cacher.

La critique

Par Tootpadu 13/01/2011

Pour leur troisième collaboration, le réalisateur Pablo Larrain et son acteur fétiche Alfredo Castro reprennent à peu près là où ils s’étaient arrêtés avec Tony Manero, c’est-à-dire en esquissant le portrait moribond des marges d’une société chilienne qui ne l’est pas moins. Le protagoniste de ce film-ci éprouve certes des pulsations meurtrières moins prononcées que le faux sosie de John Travolta. Mais le ton sur lequel son histoire est contée se distingue par la même sensation d’abattement profond, voire d’ennui dépourvu de qualités qui compenseraient le spectateur pour un récit si léthargique.
La dimension historique de Santiago 73 Post mortem passe volontairement à côté des préoccupations du personnage principal. Son état d’esprit impassible l’empêche par exemple de s’émouvoir en assistant à l’autopsie du président ou en voyant les corps sans vie des victimes du putsch défiler par dizaines à son lieu de travail. Mario n’est pas entièrement indifférent à la souffrance des autres, puisqu’il participe au sauvetage éphémère d’un résistant blessé et qu’il prend soin du chien abandonné de son amie. Son détachement accru, imposé par son rôle de subalterne dépassé par le fonctionnement d’une simple machine à écrire électrique et choisi à travers un style de vie en marge de la société, lui interdit cependant d’établir des rapports sains avec les gens de son entourage, notamment les femmes.
La narration reste trop tributaire de cette torpeur lénifiante pour nous rendre intéressant le sort de Mario à ce moment charnier de l’Histoire chilienne. Il existe seulement deux séquences, capables d’indiquer au moins partiellement le malaise profond qui rend la vie de Mario un enfer au quotidien, fait d’humiliations, de frustrations, et surtout du sentiment de ne servir à rien. D’abord celle des larmes, où le protagoniste réussit contre toute attente à établir un lien avec Nancy en pleurant avec elle comme une Madeleine. Et puis, tout à la fin du film, ce long plan fixe qui scelle le sort de la relation impossible entre le fonctionnaire grisâtre et la chanteuse flamboyante, et qui montre la haine déraisonnable qui a dû s’accumuler chez Mario.
Ces deux petites lueurs d’espoir de voir la mise en scène de Pablo Larrain prendre de la vigueur sont hélas insuffisantes pour rendre son film – aussi antipathique dans la forme et dans le fond que son film précédent – plus engageant.

Vu le 10 janvier 2011, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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